Consoles rétro chargées de ROMs piratées : pourquoi l’ESA demande au gouvernement américain de frapper Anbernic

L’étau se resserre brutalement sur l’âge d’or des consoles d’émulation de poche livrées clés en main. Dans un mémoire officiel transmis au Bureau du représentant américain au commerce (USTR) pour sa révision annuelle des marchés notoires de l’année 2026, l’Entertainment Software Association (l’ESA, qui défend les intérêts de Nintendo, Sony, Microsoft, Capcom, Square Enix et Bandai Namco) a formellement demandé d’inscrire les consoles portables préchargées de milliers de jeux piratés sur la liste noire de la contrefaçon internationale.
Le document officiel va beaucoup plus loin qu’un simple rappel à la loi : il cite nommément le fabricant chinois Anbernic et réclame une réponse coordonnée des douanes fédérales et des géants du e-commerce pour bloquer physiquement l’importation de ces machines.
Des « superfakes » électroniques vendues au grand jour
Dans son argumentaire juridique, l’ESA emploie des termes d’une rare sévérité. L’organisation compare frontalement ces machines de poche aux « superfakes », ces répliques de haute volée de la maroquinerie ou de l’horlogerie de luxe conçues pour tromper le consommateur :
« Dans le secteur du jeu vidéo, les consoles portables et appareils plug-and-play illicites constituent l’équivalent fonctionnel des superfakes. Ils ont l’apparence et le toucher de produits électroniques grand public tout à fait légitimes : boîtiers moulés soignés, écrans couleur, interfaces utilisateurs peaufinées, emballages soignés pour la vente au détail et fiches produits sur des plateformes de commerce familières. »
Mais sous le vernis d’une petite console séduisante, la réalité commerciale est tout autre selon les éditeurs. L’attrait d’Anbernic et de ses concurrents ne repose pas sur le plastique ou la puce ARM, mais sur la carte mémoire insérée dans la fente :
« Leur attrait commercial repose entièrement sur une carte mémoire dissimulée ou un stockage interne chargé de centaines, de milliers, voire de dizaines de milliers de copies non autorisées de jeux vidéo sous copyright. Le résultat n’est pas un appareil électronique bas de gamme vendu dans les marges du commerce : c’est un produit de piratage clé en main présenté commercialement comme un appareil légitime. »
Les sept mesures de choc réclamées aux douanes et aux plateformes
Pour l’ESA, la vente de ces machines clé en main sur Amazon, AliExpress ou TikTok Shop cause un préjudice financier immédiat. Le consommateur casual n’a plus besoin d’acquérir les rééditions officielles, les abonnements rétro de Nintendo ou Sony, ni de chercher comment configurer un émulateur. L’association réclame donc sept actions fédérales directes :
Considérer les bibliothèques de jeux non autorisées préchargées comme des preuves matérielles de piratage commercial ; inspecter systématiquement les cartes mémoire et supports de stockage fournis avec les consoles ou expédiés dans des colis séparés ; contraindre les vendeurs à fournir des preuves officielles de licence pour tout jeu préinstallé ; suspendre définitivement les récidivistes et l’ensemble de leurs boutiques liées plutôt que de supprimer une annonce isolée ; conserver l’historique complet des transactions et des expéditions ; améliorer le ciblage douanier aux frontières pour intercepter les flux ; et enfin coordonner des actions en justice contre les constructeurs, importateurs et plateformes complices.
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Cette offensive intervient dans un contexte où les constructeurs historiques renforcent la protection de leurs catalogues rétro, au moment où la transition vers les consoles de nouvelle génération et les modèles portables comme la Nintendo Switch redéfinit l’accès aux jeux patrimoniaux.
Mon avis : le grand ménage était inévitable
Je teste et collectionne les consoles d’émulation chinoises depuis des années, et il faut avoir l’honnêteté de distinguer deux réalités totalement opposées. D’un côté, il y a la communauté formidable de l’émulation open-source, celle qui développe des systèmes d’exploitation remarquables comme OnionOS ou ArkOS, et qui s’adresse à des passionnés achetant des machines nues pour faire tourner leurs propres sauvegardes légales.
De l’autre côté, il y a le business mercantile et opportuniste d’Anbernic, Powkiddy et d’une nuée de revendeurs sans scrupules sur AliExpress ou TikTok Shop. Vendre 80 ou 120 euros une machine avec une carte microSD chinoise noname défaillante, remplie à ras bord de 15 000 ROMs piratées dans le désordre pour attirer le grand public sans reverser un centime aux créateurs originaux, était une bombe à retardement juridique. Que l’ESA tape du poing sur la table était inéluctable. La seule ligne rouge à surveiller désormais, c’est que les douanes et la régulation ne fassent pas d’amalgame en interdisant le hardware nu, qui demeure un outil d’émulation et de préservation du patrimoine parfaitement légal.
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