Collectors Zelda et Pokémon des années 90 volés, 150 000 € de pertes : à Paris, les boutiques de jeux vidéo de République refusent de mourir

Trois jours après les pillages qui ont frappé les magasins Micromania et les boutiques du boulevard Voltaire le 17 octobre, l’heure est à l’inventaire minutieux dans le quartier de la place de la République à Paris. Au milieu des bris de verre et des rideaux métalliques tordus, les gérants et vendeurs des enseignes indépendantes historiques chiffrent un préjudice financier et patrimonial considérable, tout en affichant une détermination intacte à rouvrir leurs portes.
Chez Sat.Elite, des collectors Zelda et Pokémon scellés depuis les années 90 partis en fumée
Sur le boulevard Voltaire, dans le XIe arrondissement, la boutique spécialisée Sat.Elite Video Games panse ses plaies après trente années de présence ininterrompue dans le quartier. Si quelques boîtes de jeux ont échappé aux pillards au milieu des éclats de vitrine, le cœur historique de la collection a été méthodiquement ciblé. Au-delà des consoles récentes et des figurines, ce sont des pièces de musée conservées depuis plusieurs décennies qui ont disparu samedi soir.
Antoine, vendeur au sein de la boutique, dresse un constat amer devant les étagères clairsemées : « On avait des pièces collectors qu’on avait depuis 20 à 30 ans et qui sont inestimables. Encore tous les vieux collectors Zelda, les vieux collectors Pokémon qui sont neufs, scellés depuis les années 90 et qui sont impossibles à retrouver. »
Contrairement à un stock standard de nouveautés que les grossistes peuvent réapprovisionner en quelques jours, ces éditions d’époque sous blister d’origine constituent un patrimoine vidéoludique irremplaçable. Pour les collectionneurs comme pour les équipes qui les préservaient en vitrine depuis l’ère de la Super Nintendo et de la Game Boy, aucune indemnisation financière ne permettra de reconstituer un tel fonds à l’identique.
Jusqu’à 150 000 € de marchandises et 100 000 € de travaux : le chiffrage lourd d’Ouri Zagoury

Sur le plan strictement comptable, l’addition s’annonce particulièrement lourde pour la trésorerie d’un commerce indépendant. Le gérant de Sat.Elite, Ouri Zagoury, a établi une première estimation détaillée des dommages avant la visite des experts d’assurance prévue d’ici soixante-douze heures :
- Marchandises dérobées ou détruites : entre 100 000 € et 150 000 € de perte sèche sur le stock de jeux vidéo, consoles et pièces de collection.
- Dégâts matériels et structurels : entre 20 000 € et 100 000 € de frais de remise en état couvrant la devanture, la façade et le rideau électrique arraché lors de l’intrusion.
Malgré ce coup de massue financier, le fondateur refuse de baisser les bras et prépare déjà le dossier d’indemnisation : « Entre 100 000 et 150 000 € de marchandises et peut-être entre 20 et 100 000 pour tout ce qui est devanture, façade, rideau électrique, tout ça. Je commence à envoyer les documents aux assurances. Il y a un expert qui va passer dans les trois jours. Je pense qu’on peut s’en remettre. »

« Un acte militant » : clients et passionnés déblaient le verre brisé pour sauver leurs boutiques
Si l’espoir d’une réouverture rapide domine aujourd’hui sur le boulevard Voltaire, c’est avant tout grâce à la mobilisation spontanée des joueurs. Dès le lendemain du saccage, plusieurs clients fidèles ont franchi les portes défoncées de Sat.Elite, mais aussi des enseignes voisines comme Hobby One, Manga Story, All Geeks et l’atelier One Repar, pour balayer les gravats et trier les boîtes rescapées.
Parmi eux, Aya ramasse les éclats de verre au pied des comptoirs pour aider l’équipe à sécuriser les lieux : « République, ça reste quand même l’endroit emblématique pour les gens fans de jeux vidéo. C’est là où on fait nos achats, où on peut parler, être avec des passionnés. » En parallèle, la cagnotte solidaire Sauver Sat Élite ouverte sur Leetchi a déjà réuni près de 300 contributeurs et dépassé les 6 600 euros pour soutenir la trésorerie d’urgence du magasin.
Pour Nicolas, vendeur au sein de l’enseigne depuis quinze ans, cette attaque touche au cœur même d’un modèle culturel qui résiste face à l’essor des cartes-clés et du dématérialisé sur Nintendo Switch 2 : « J’ai vraiment l’impression d’avoir été touché de façon personnelle. C’est un espace dans lequel je suis cinq jours par semaine, que je connais par cœur. On est quand même une boutique avant d’être un musée, donc on a évidemment des articles d’appel, mais la grande majorité d’une boutique spécialisée, c’est de proposer des choses qu’on ne peut pas trouver partout justement, et que les gens viennent chercher quelque part pour un acte militant parce qu’ils refusent d’aller sur Internet pour les trouver. »
Des travaux lourds de menuiserie et de métallerie seront nécessaires dans les prochains jours, mais la promesse d’Ouri Zagoury est désormais gravée dans le marbre : après trente ans d’existence au pied de la place de la République, Sat.Elite rouvrira ses portes dès que la façade sera sécurisée.
Mon avis
Entendre un vendeur raconter que des éditions collectors de Zelda et de Pokémon, gardées neuves sous blister depuis les années 90, ont été arrachées des vitrines en quelques minutes serre le cœur de n’importe quel amoureux du jeu vidéo. Ces boîtes-là ne sont pas de simples lignes comptables dans un tableur d’assurance : ce sont des témoins d’histoire que des boutiques comme Sat.Elite préservaient depuis trente ans au cœur de République. Mais ce que je retiens surtout ce mardi matin, c’est la dignité incroyable d’Ouri Zagoury, de ses vendeurs Nicolas et Antoine, et de ces clients venus ramasser le verre brisé à mains nues. Comme le dit si justement Nicolas, pousser la porte d’une boutique indépendante du boulevard Voltaire en 2026 est devenu un véritable acte militant. Dès que leurs rideaux neufs se lèveront, le meilleur moyen de leur rendre justice sera de retourner remplir leurs carnets de commandes sur place.
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