5 ans après son départ de SEGA et 0 jeu sorti : Nagoshi Studio est officiellement dissous, que devient Gang of Dragon ?

Cinq ans jour pour jour après sa création en grande pompe dans le quartier de Shinjuku, l’aventure indépendante du créateur de la saga Yakuza s’achève devant un liquidateur judiciaire. Selon un avis officiel de dissolution publié ce 2 novembre 2026 dans le Kanpo (le journal officiel du gouvernement japonais, édition spéciale n° 240), Nagoshi Studio Inc. a été formellement dissous par une résolution de l’assemblée générale de ses actionnaires votée le 31 octobre 2026.
L’acte administratif désigne Minoru Morinaga en qualité de liquidateur représentant chargé d’apurer les comptes, les dettes et les actifs restants de la structure tokyoïte. Dans la foulée, le site institutionnel du studio ainsi que sa chaîne YouTube officielle ont été définitivement mis hors ligne, scellant le destin d’une équipe qui aura traversé un lustre entier sans commercialiser le moindre titre.
Du départ historique de SEGA au piège financier de NetEase Games
L’histoire avait pourtant débuté comme le transfert le plus retentissant de l’industrie japonaise. Le 1er novembre 2021, quelques semaines après avoir quitté SEGA et la direction du Ryu Ga Gotoku Studio après plus de trois décennies de maison, Toshihiro Nagoshi fondait sa propre structure à Shinjuku avec le soutien financier intégral du géant chinois NetEase Games.
Dans ses bagages, le père de Kazuma Kiryu avait embarqué plusieurs piliers historiques de la franchise Yakuza / Like a Dragon, à commencer par le producteur et réalisateur Daisuke Sato, le directeur artistique Kazuki Hosokawa, le programmeur principal Koichi Seto ou encore Masao Shirosaki et Taichi Ushioda. La promesse affichée lors de l’officialisation du studio début 2022 était limpide : disposer d’une liberté créative totale et de budgets internationaux pour concevoir des drames humains d’envergure mondiale sur consoles et PC.
Mais le revirement stratégique brutal opéré par NetEase Games au cours des dix-huit derniers mois a fait voler ce modèle en éclats. Dès le printemps 2026, le conglomérat de Hangzhou a décidé de couper les financements alloués à Nagoshi Studio à compter du mois de mai, après avoir estimé qu’il manquait encore près de 7 milliards de yens (environ 44,4 millions de dollars) pour mener son premier chantier jusqu’à la phase Gold. Ce coup d’arrêt s’inscrit dans une vague de désengagement massif de l’éditeur chinois au Japon, qui rappelle les blocages rencontrés par Suda51 avec NetEase autour de Romeo Is a Dead Man.
Gang of Dragon et Ma Dong-seok pris au piège de la liquidation
Cette dissolution administrative laisse une victime collatérale de taille sur le carreau : Gang of Dragon. Révélé en décembre 2025 lors de la cérémonie des Game Awards, ce jeu d’action-aventure en vue à la troisième personne devait marquer le grand retour de Toshihiro Nagoshi sur son terrain de prédilection. Au lieu du quartier fictif de Kamurocho, l’intrigue prenait directement place dans les vraies ruelles de Kabukicho, l’emblématique quartier nocturne de Shinjuku à Tokyo.
Le titre mettait en scène la superstar sud-coréenne Ma Dong-seok (Don Lee, inoubliable dans Dernier train pour Busan et la saga The Roundup) sous les traits de Shin Ji-seong, un cadre de haut rang d’un syndicat du crime coréen implanté au cœur de Tokyo. Le système de jeu misait sur la puissance physique écrasante de son protagoniste, mêlant combats à mains nues brutaux, attaques à l’arme blanche, fusillades nerveuses et séquences motorisées à travers la capitale nippone.
Lors de la coupure budgétaire du printemps dernier, NetEase Games avait laissé une porte de sortie conditionnelle aux dirigeants de Nagoshi Studio : la possibilité de repartir de manière indépendante avec leur jeu, à la stricte condition de rembourser l’intégralité des frais de développement déjà engagés pour racheter les actifs et la propriété intellectuelle. Faute d’avoir trouvé un nouvel éditeur prêt à régler la facture exigée par NetEase en plus des 44,4 millions de dollars nécessaires pour boucler la production, Daisuke Sato et Toshihiro Nagoshi ont quitté leurs fonctions dirigeantes avant que la liquidation ne soit votée ce 31 octobre. À l’heure où ces lignes sont écrites, la page Steam de Gang of Dragon demeure paradoxalement en ligne avec la mention « Prochainement », désormais rattachée à une société en pleine liquidation.
Un contraste saisissant avec la santé insolente du Ryu Ga Gotoku Studio
Pour les amoureux de polars japonais, l’ironie du calendrier est cruelle. Pendant que l’aventure solo de Toshihiro Nagoshi et Daisuke Sato se heurtait aux arbitrages financiers de son actionnaire chinois, leur ancienne maison chez SEGA n’a jamais été aussi prolifique. Sous la houlette de Masayoshi Yokoyama, le Ryu Ga Gotoku Studio a enchaîné les succès critiques et commerciaux avec Like a Dragon : Infinite Wealth tout en accélérant le développement de Stranger Than Heaven par le Ryu Ga Gotoku Studio, sa nouvelle fresque historique ambitieuse attendue sur consoles de nouvelle génération et PC.
Reste désormais à savoir quel sera le prochain chapitre pour Toshihiro Nagoshi, aujourd’hui âgé de 61 ans, et pour la cinquantaine de développeurs chevronnés qui avaient rejoint ses bureaux de Shinjuku. Si la liquidation supervisée par Minoru Morinaga enterre définitivement l’entité Nagoshi Studio Inc., le sort des prototypes et des droits de Gang of Dragon dépendra d’une éventuelle vente à la découpe des actifs lors de la clôture des comptes.
Mon avis
Quel gâchis monumental. Quand Toshihiro Nagoshi et Daisuke Sato ont claqué la porte de SEGA fin 2021 pour répondre aux sirènes de NetEase, on nous vendait l’âge d’or des auteurs japonais enfin affranchis des carcans corporatistes. Cinq ans plus tard, le bilan est glaçant : pas un seul jeu sorti, un studio rayé de la carte par une simple ligne dans le journal officiel japonais, et deux légendes de l’arcade et du jeu d’action qui ont perdu une demi-décennie de leur vie créative dans des réunions comptables.
Le plus rageant dans cette liquidation, c’est que Gang of Dragon avait tout d’un coup de maître sur le papier. Placer Ma Dong-seok en patron de syndicat coréen au milieu du vrai Kabukicho, avec toute la brutalité que Nagoshi ne pouvait plus forcément injecter chez SEGA, c’était exactement le fantasme que les joueurs attendaient depuis quinze ans. Mais exiger d’un studio qu’il rachète des dizaines de millions de dollars d’actifs déjà produits en plein milieu du gué revenait à condamner le projet à mort. Espérons que Nagoshi et ses vétérans rebondissent vite chez un éditeur japonais qui comprend qu’on ne bâtit pas une licence majeure avec un chronomètre boursier.
Gang of Dragon
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