Final Fantasy Resonance : comment son producteur a tenu tête aux dirigeants de Square Enix qui voulaient un simple portage mobile au rabais

Derrière le démarrage remarqué de Final Fantasy Resonance sur consoles et PC se cache un bras de fer interne qui aurait pu condamner le projet à l’anonymat dès sa genèse. Dans une entrevue accordée à l’agence Bloomberg, le producteur du jeu chez Square Enix, Keisuke Nakashima, révèle qu’il a dû s’opposer fermement à sa propre direction en 2020 pour éviter que l’héritage de Final Fantasy Brave Exvius ne soit expédié sous la forme d’un simple portage mobile à moindre coût.
Le refus du portage au rabais lors du pitch de 2020
Lancé le 22 octobre 2026 sur PS5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2 et PC via Steam, Final Fantasy Resonance réinvente intégralement en HD-2D au tour par tour le récit et les héros emblématiques, à commencer par Rain, Lasswell et Fina, de l’ancien titre mobile Final Fantasy Brave Exvius, dont les serveurs ont depuis fermé leurs portes. À l’image du travail accompli par les équipes d’Octopath Traveler 0 à partir de Champions of the Continent, toute mécanique de tirage aléatoire gacha et de microtransactions a été bannie au profit d’une progression de JRPG solo classique.
Pourtant, lorsque Keisuke Nakashima a défendu cette vision pour la première fois en 2020 devant les cadres dirigeants de Square Enix, l’accueil fut particulièrement froid. Selon ses confidences recueillies par Bloomberg, plusieurs décideurs de l’éditeur japonais ont opposé une vive résistance à l’idée d’allouer le budget et le temps nécessaires à une refonte intégrale. Pour la haute direction, l’option privilégiée consistait à produire un portage direct, rapide et peu onéreux de la version smartphone existante.
Une solution de facilité que le producteur a catégoriquement rejetée : « Je ne voulais pas m’engager dans cette voie. Je voulais créer une version originale pour consoles offrant une expérience de jeu complète à part entière », explique Keisuke Nakashima dans les colonnes de Bloomberg.
Le déclic né de la frustration des joueurs face au gacha
La détermination de Keisuke Nakashima ne reposait pas sur une simple intuition créative, mais sur un constat dressé directement sur le terrain. Au cours d’une tournée internationale promotionnelle organisée autour de Final Fantasy Brave Exvius quelques années plus tôt, le producteur avait échangé avec de nombreux amateurs de la licence.
Le verdict revenait systématiquement dans les discussions : une part importante du public appréciait la richesse de l’univers, la bande-son et l’écriture des personnages, mais confessait « ne pas vouloir y jouer uniquement à cause des éléments de gacha ». Pour Nakashima, ce blocage légitime prouvait qu’un simple portage de l’application mobile aurait manqué sa cible : « C’était une raison supplémentaire pour laquelle nous voulions en faire un vrai jeu console, afin de l’ouvrir à un public plus large », précise-t-il à Bloomberg. Cette refonte complète permet aujourd’hui aux amateurs de stratégie au tour par tour de se mesurer à des défis exigeants, à l’image de notre méthode pour vaincre le Citrine Pot et déclencher un tour de cinq minutes dans Final Fantasy Resonance.
400 000 ventes et 20 millions de dollars : la revanche par les chiffres
Six ans après ce pitch contesté dans les bureaux de Tokyo, les résultats commerciaux ont donné tort aux partisans du moindre effort. En moins de cinq jours de commercialisation sur PS5, Xbox Series X|S, Switch et PC, Final Fantasy Resonance s’est écoulé à environ 400 000 exemplaires dans le monde, générant près de 20 millions de dollars de chiffre d’affaires dès sa semaine de lancement.
Sur la boutique de Valve, l’engouement a dépassé toutes les prévisions internes de l’éditeur avec un pic historique de 42 885 joueurs simultanés sur Steam devant Final Fantasy VII Rebirth. Au-delà de la rentabilité immédiate, cette réussite démontre que les catalogues mobiles condamnés par la fermeture de leurs serveurs recèlent d’excellentes histoires, à condition que les studios acceptent de les reconstruire de fond en comble pour le jeu solo.
Mon regard
Pendant trop longtemps, Square Enix a traité ses propres pépites mobiles et ses classiques comme des vaches à lait bonnes à être portées à la va-vite avec des interfaces tactiles mal dégrossies sur grand écran. Si Keisuke Nakashima avait cédé à ses dirigeants en 2020, Brave Exvius aurait fini en portage paresseux oublié en quarante-huit heures sur Steam. En s’entêtant pendant six ans pour imposer une vraie refonte HD-2D débarrassée de sa loterie gacha, il prouve par le portefeuille que les joueurs sont prêts à payer le prix fort quand on respecte leur temps et leur intelligence.
Final Fantasy Resonance
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