Fin des disques en 2028 et faux achats sur le PlayStation Store : pourquoi Sony écope du Shonky Award 2026

Payer plein tarif sur le PlayStation Store donne-t-il vraiment le droit de posséder ses jeux vidéo ? L’association australienne de défense des consommateurs CHOICE vient de trancher en décernant à Sony Interactive Entertainment l’un de ses redoutés Shonky Awards 2026. Fondée en 1959, l’organisation épingle chaque année dans son « Hall of Shame » les pratiques commerciales les plus trompeuses ou défavorables aux acheteurs. Pour cette 21e édition, le géant japonais est distingué sous un motif implacable : nous demander de payer pour jouer, sans jamais rien posséder.
Un bouton « Commander et payer » qui masque une simple location révocable
Au cœur du réquisitoire dressé par CHOICE figure l’ambiguïté entretenue par l’interface du PlayStation Store. Lorsqu’un joueur ajoute un titre numérique à son panier, tout le tunnel de validation utilise le champ lexical de l’achat définitif (Purchase) jusqu’au bouton final « Commander et payer » (Order & Pay). Pourtant, comme le rappelle le contrat de licence utilisateur final (EULA) de Sony, le logiciel est uniquement concédé sous licence et non vendu.
Concrètement, l’utilisateur règle une licence personnelle, non transférable et révocable à tout moment sans obligation de remboursement. Comme le souligne Peter Zaluzny, expert jeux vidéo chez CHOICE, aucune mention claire n’avertit le client qu’il s’agit en réalité d’une location à long terme, à moins d’ouvrir un sous-menu optionnel et de parcourir des pages entières de clauses juridiques. Une opacité d’autant plus préoccupante que Sony déploie désormais des outils de tarification intelligente pilotée par IA sur le PlayStation Store pour optimiser ses revenus numériques, tout en facturant ces licences dématérialisées au même tarif que les éditions physiques sur disque Blu-ray.
500 films StudioCanal envolés et la fin programmée des disques en janvier 2028
Pour démontrer que ce risque contractuel n’a rien de théorique, la PDG de CHOICE, Monique Perry, rappelle l’électrochoc survenu en juin dernier lors de l’expiration de l’accord de licence entre Sony et le distributeur StudioCanal au Royaume-Uni et en Europe. Du jour au lendemain, près de 500 films ont été programmés pour disparaître directement des bibliothèques numériques des clients qui les avaient pourtant « achetés », sans la moindre indemnisation.
C’est précisément dans ce contexte que la feuille de route matérielle de Sony fait bondir l’organisme de défense des consommateurs. Après l’arrêt de son dernier lecteur Blu-ray 4K de salon dédié, le constructeur prévoit de mettre fin au pressage de disques physiques pour toutes les nouveautés PlayStation à compter de janvier 2028, tout en fermant les boutiques numériques historiques de la PS3 et de la PS Vita dès juillet 2027 (avec un maintien des téléchargements existants limité à un vague « avenir prévisible »). Pour les propriétaires de PS5 Digital Edition ou de PS5 Pro qui souhaitent encore sécuriser leurs jeux en boîte actuels, le lecteur de disque Blu-ray Ultra HD détachable officiel (affiché au tarif conseillé de 79,99 €) reste aujourd’hui le dernier rempart matériel.
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La mort annoncée du marché de l’occasion et l’ironie de 2013
En supprimant progressivement le support optique sans modifier son contrat de licence, Sony verrouille également toute possibilité de revente, de prêt ou d’achat d’occasion. Si des codes numériques continueront d’être commercialisés chez les revendeurs tiers, l’absence de disque condamne de facto le marché de la seconde main sur les futures productions PlayStation, tout en exposant l’intégralité d’une ludothèque au moindre piratage ou bannissement de compte PlayStation Network (PSN).
CHOICE ne manque d’ailleurs pas de rappeler la cruelle ironie de cette trajectoire : en 2013, à l’aube de la génération PS4, Sony s’était attiré les faveurs du public mondial en publiant une vidéo parodique officielle de vingt secondes pour tourner en ridicule la politique anti-occasion initialement envisagée par Microsoft sur Xbox One.
Mon avis
Difficile de donner tort à CHOICE sur ce dossier tant le double discours de l’industrie est devenu intenable. Tant que le disque physique cohabite avec le PlayStation Store, le joueur garde le choix : payer le confort du téléchargement immédiat ou privilégier une galette pressée qu’il peut prêter, revendre ou relancer dans quinze ans sans dépendre d’un serveur d’authentification. Mais supprimer le disque à l’horizon 2028 tout en continuant d’afficher un bouton « Acheter » à 79,99 € pour une simple licence révocable relève d’une asymétrie contractuelle flagrante. Si les constructeurs veulent imposer le 100 % dématérialisé, la loi devra tôt ou tard les contraindre soit à garantir une propriété numérique pérenne et cessible, soit à appeler un chat un chat en remplaçant le mot « Achat » par « Location longue durée sous conditions ».
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