Le père de la PlayStation juge le jeu physique « économiquement déraisonnable » : pourquoi Ken Kutaragi défend le tout-numérique

Il est l’homme qui a imposé le CD-ROM en 1994 face aux cartouches de Nintendo et Sega, avant de démocratiser le DVD sur PlayStation 2 puis le Blu-ray avec la PlayStation 3. Pourtant, en ce mois d’octobre 2026, Ken Kutaragi estime que le support optique a fait son temps. Invité d’honneur de la conférence Game Republic New Horizons organisée cette semaine au Riverside Stadium de Middlesbrough, au Royaume-Uni, l’ancien PDG de Sony Computer Entertainment a livré un constat sans détour sur la disparition progressive des boîtes de jeux.
À 76 ans, l’architecte historique des trois premières générations de consoles PlayStation observe avec pragmatisme la mutation accélérée de son ancienne maison. Alors que PlayStation prépare l’arrêt progressif des jeux physiques sur PS5 d’ici janvier 2028 et a déjà stoppé la fabrication de ses Blu-ray enregistrables ainsi que de ses enregistreurs de salon au Japon, le dirigeant nippon comprend la colère des joueurs mais tranche en faveur des réalités industrielles.
Le disque comme « métaphore de la possession » : un blocage psychologique selon Kutaragi
Interrogé en marge de son intervention sur scène à Middlesbrough, Ken Kutaragi n’élude pas la grogne des collectionneurs. Il reconnaît volontiers que la stratégie actuelle de Sony Interactive Entertainment a provoqué de vives frictions avec les joueurs les plus passionnés. Pour lui, l’attachement viscéral à la galette plastique dépasse aujourd’hui la simple fonction technique de stockage de données.
« Je comprends que les disques physiques soient devenus une métaphore du fait de posséder ses jeux. Je comprends vraiment cet état d’esprit. Mais personne ne pense qu’un support physique est nécessaire pour un appareil connecté au réseau comme un smartphone, par exemple, parce que les gens ont le sentiment qu’ils conserveront leur contenu. C’est donc une question de mentalité. Je comprends vraiment pourquoi certaines personnes sont contrariées, mais je ne pense pas que ce soit économiquement raisonnable. C’est peut-être un problème de mentalité. »
Ken Kutaragi, ancien PDG de Sony Computer Entertainment, lors du Game Republic New Horizons (octobre 2026)
Aux yeux de l’ingénieur japonais, continuer d’engloutir des ressources industrielles, logistiques et matérielles considérables dans le pressage de disques optiques et l’intégration systématique de blocs de lecture mécanique n’a plus de sens financier à l’ère du très haut débit généralisé. Une transition que Sony applique déjà au quotidien en vendant sa PS5 Pro dépourvue de lecteur d’origine, obligeant les amateurs de boîtes à acquérir un module externe facturé séparément.
Voir le lecteur de disque officiel PS5 Pro et PS5 Slim sur Amazon→

Une direction de Sony façonnée par la culture du streaming et des terminaux de contenu
Celui qui a quitté la direction de PlayStation en 2007 avant de prendre la tête d’Ascent Robotics et de Cyber AI Entertainment rappelle qu’il prédisait cette fusion avec le réseau dès l’époque de la PS2. Selon lui, la fracture actuelle entre le constructeur et sa base historique s’explique aussi par le renouvellement des cadres dirigeants au sein de Sony Interactive Entertainment.
Il souligne que de nombreux décideurs actuels viennent d’entreprises extérieures au jeu vidéo traditionnel, notamment du secteur du streaming ou du rachat de Gaikai. Cette nouvelle garde ne perçoit plus la PlayStation comme une simple console de jeu dédiée, mais comme un véritable « terminal de contenu » connecté en permanence au réseau. Un changement de philosophie radical, diamétralement opposé à la prise de position d’un autre ancien patron de la marque, puisque Shawn Layden rappelait récemment que sans possibilité de revente, le joueur ne possède rien.

Des machines « au prix d’une voiture » : l’alerte de Kutaragi sur la flambée du matériel
Au-delà du débat sur les disques Blu-ray, Ken Kutaragi a profité de sa conférence principale pour tirer la sonnette d’alarme sur l’explosion des coûts du matériel informatique et des consoles de salon. Alors que l’architecture des machines a basculé vers des composants issus du monde PC pour faciliter le travail des studios, la pénurie mondiale de semi-conducteurs et de mémoire vive provoque une inflation qu’il juge dangereuse pour l’industrie.
« Actuellement, les machines sont super chères et ce n’est pas une situation saine. Même si l’architecture a changé de direction, passant d’une base console à une base PC dans l’intention de rendre la plateforme plus facile à concevoir, aujourd’hui les PC sont tellement chers. C’est le prix d’une voiture ! Ce n’est pas sain. »
Ken Kutaragi, lors de sa conférence au Game Republic New Horizons (octobre 2026)
Pour sortir de cette impasse tarifaire, le père de la PlayStation appelle les fabricants de matériel à trouver des « solutions élégantes ». Il affirme même que si les entreprises du secteur parviennent à exploiter pleinement le potentiel de l’intelligence artificielle et de l’informatique dans le nuage, les joueurs n’auront à terme « plus besoin d’aucune console », avant d’ajouter avec malice que cette prédiction n’engage plus officiellement Sony Computer Entertainment.
Mon avis
En tant que collectionneur attaché à mes boîtes depuis la première PlayStation grise de 1995, entendre Ken Kutaragi réduire notre attachement au support physique à un simple « problème de mentalité » me fait doucement sourire, jaune. Qu’on vienne m’expliquer que vouloir posséder son jeu sur disque est une simple illusion psychologique alors qu’on nous vend les éditions numériques au prix fort de 80 euros sur le PlayStation Store, sans aucune possibilité de prêter son jeu à un ami ou de le revendre d’occasion, c’est oublier un peu vite la réalité du portefeuille des joueurs.
La comparaison avec le smartphone a bon dos : sur mobile, la majorité des applications sont gratuites ou coûtent quelques euros, et personne ne débourse 80 euros pour un titre solo susceptible de disparaître au gré des expirations de licences ou des fermetures de serveurs. Si les joueurs résistent avec autant de vigueur en 2026, ce n’est pas par nostalgie aveugle du plastique, c’est parce que le contrat de confiance du tout-numérique est à sens unique. Tant que les éditeurs factureront une licence révocable au même tarif qu’un objet matériel transmissible, ma « mentalité » restera résolument attachée à mon lecteur de disque.
Retrouvez Pro-Gamer en priorité sur Google
Ajoutez pro-gamer.fr à vos sources préférées pour retrouver nos guides et actus directement dans votre flux Google Discover et vos résultats de recherche.


















