« Si vous ne pouvez pas revendre, vous ne possédez rien » : l’ex-patron de PlayStation recadre Sony sur la fin des disques

Entré chez Sony en 1987 et président de Sony Interactive Entertainment Worldwide Studios jusqu’en 2019, Shawn Layden a incarné l’âge d’or de PlayStation. À l’époque, la marque n’hésitait pas à ridiculiser la concurrence avec des tutoriels légendaires sur le prêt de jeux d’occasion entre amis.
Invité sur le podcast The Expansion Pass, l’ancien dirigeant a livré un avertissement sans détour face aux projets de Sony d’abandonner définitivement le format physique d’ici 2028. Pour Shawn Layden, couper le cordon avec les disques constitue une trahison directe de la confiance des joueurs et un danger mortel pour l’image du constructeur.
« Si vous ne pouvez pas le revendre, vous ne le possédez pas »
Shawn Layden refuse d’adoucir la réalité du tout-numérique. Selon lui, le glissement vers les boutiques dématérialisées masque un piège juridique et philosophique inacceptable pour les passionnés.
« L’aspect le plus insidieux de cette décision, c’est qu’elle modifie la nature même de la discussion : possédez-vous un jeu ou achetez-vous simplement l’accès à un actif numérique ? Si vous ne pouvez pas vendre une chose, cela signifie que vous ne la possédez pas. Et si vous ne la possédez pas, alors qu’achetez-vous réellement ? »
L’ancien patron souligne que l’argument de la facilité d’accès a bon dos. Télécharger un jeu sur le PlayStation Store évite simplement de traverser son salon pour insérer une galette dans le lecteur, mais cette commodité se paye au prix fort : la perte totale de souveraineté sur sa ludothèque.

Le sacrifice incompréhensible des 20 % de collectionneurs
Même si 80 % des joueurs se contentent aujourd’hui d’achats numériques, Shawn Layden rappelle que les 20 % d’irréductibles du disque physique forment le cœur battant de la communauté PlayStation.
« Ces 20 % représentent les plus fidèles parmi les fidèles. Ce sont très souvent des joueurs qui achètent deux exemplaires de chaque jeu, exactement comme les collectionneurs de comics : un exemplaire reste sous blister scellé, et l’autre est utilisé pour jouer. Priver ces passionnés de support physique, c’est briser l’instinct de collection qui fait l’essence même du jeu vidéo. »
Ce divorce imposé avec le support physique résonne particulièrement avec les dérives tarifaires actuelles du constructeur, illustrées par la flambée des prix de la PS5 Pro d’occasion et la pénurie organisée de lecteurs de disque détachables.
Un coup sévère porté à la réputation de PlayStation
Pour Shawn Layden, cette stratégie n’est guidée que par des feuilles de calcul financières visant à réduire les coûts logistiques et à verrouiller les marges, sans mesurer le coût humain et réputationnel.
« Lorsque vous retirez le format physique, les joueurs anticipent immédiatement le pire des scénarios : la disparition de leurs jeux le jour où les serveurs ferment. C’est un coup significatif porté à la marque et à sa réputation. J’espère sincèrement que leurs calculs en valaient la peine. »
Quand l’un des plus grands bâtisseurs de l’histoire de PlayStation met en garde son ancienne maison contre la disparition de la propriété réelle, Sony ferait bien de tendre l’oreille avant de fermer la porte aux disques.
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