Après le rappel à l’ordre de The Pokémon Company, la Maison-Blanche détourne Zelda Ocarina of Time sur X

La propriété intellectuelle des géants japonais du jeu vidéo se retrouve une nouvelle fois mêlée à la communication politique américaine. Ce jeudi 5 novembre 2026, le compte officiel de la Maison-Blanche sur X (@WhiteHouse) a mis en ligne une séquence vidéo détournant frontalement l’habillage visuel et sonore de The Legend of Zelda: Ocarina of Time, accompagnée de la célèbre réplique issue du tout premier épisode de 1986 : « It’s dangerous to go alone! Take this ».
Diffusée au lendemain des élections américaines de mi-mandat pour illustrer le programme migratoire et le bilan de l’exécutif, cette vidéo s’invite en pleine effervescence médiatique autour de la franchise phare de Nintendo, au moment même où la fièvre du lancement de The Legend of Zelda: Ocarina of Time sur Nintendo Switch 2 bat son plein chez les joueurs du monde entier.
Logo détourné, esthétique Nintendo 64 et bande-son originale
La séquence publiée par les services de communication de la présidence américaine ne se contente pas d’un simple clin d’œil textuel. Dès l’ouverture, l’écran affiche un logo pastichant trait pour trait l’emblème doré d’Ocarina of Time, adossé au Bouclier Hylien et à l’Épée de Légende, avant de laisser place à une scène en trois dimensions calquée sur le moteur historique de la version Nintendo 64.
On y aperçoit un avatar numérique arborant une casquette rouge parcourir les plaines d’Hyrule de nuit, suivi de près par une fée lumineuse calquée sur Navi, tandis qu’une icône de menottes flotte dans l’interface à la manière des boutons d’action d’époque. Plus sensible encore sur le terrain du droit d’auteur : la publication intègre directement la bande-son originale du jeu de Nintendo, sans la moindre mention d’autorisation ou de licence accordée par l’éditeur de Kyoto.
Le précédent The Pokémon Company et la ligne du DHS
Ce nouvel emprunt non autorisé intervient alors que l’écosystème Nintendo a déjà dû tracer une ligne rouge face aux canaux gouvernementaux américains. Quelques mois plus tôt, The Pokémon Company International avait pris la parole publiquement pour désavouer l’utilisation de son univers par le Department of Homeland Security (DHS) et le compte de la Maison-Blanche, après la diffusion d’un clip officiel reprenant le slogan « Gotta catch ’em all », un mème de Pikachu ainsi qu’un détournement typographique de Pokémon Pokopia.
Dans une mise au point ferme, la maison mère de la licence avait certifié qu’aucune autorisation n’avait été octroyée pour l’usage de sa propriété intellectuelle, en rappelant que sa mission n’est affiliée à aucun courant ni agenda politique. Plusieurs figures historiques de la franchise Halo avaient également dénoncé des montages similaires diffusés par l’administration américaine, tandis que le compositeur historique de la saga, Marty O’Donnell, engagé cette semaine sous l’étiquette républicaine lors des élections de mi-mandat, vient par ailleurs de s’incliner dans les urnes face au représentant démocrate sortant.
L’exception Tetris et la question d’une riposte de Nintendo
Face aux objections répétées des studios et des ayants droit, l’administration américaine a jusqu’ici assumé une stratégie d’appropriation frontale des icônes de la pop culture. Un porte-parole du Department of Homeland Security résumait récemment cette doctrine en expliquant vouloir s’adresser au public avec des références qu’il comprend immédiatement, « que ce soit Halo, Pokémon, Le Seigneur des Anneaux ou tout autre média ».
Une seule entreprise du secteur est pourtant parvenue à faire plier la Maison-Blanche ces derniers mois : The Tetris Company. Lorsque l’exécutif avait hébergé un clone non officiel de Tetris directement sur son portail web gouvernemental, le compte officiel de la licence s’était publiquement désolidarisé du projet en rappelant la défense stricte de son copyright, entraînant le retrait rapide du jeu par les équipes de Washington.
Reste désormais à savoir comment réagira la maison mère de Link. Alors que la marque soigne chaque détail de son catalogue officiel jusqu’à commercialiser l’accessoire sous licence officielle HORI Electric Ocarina sur Switch 2, Nintendo n’a pas encore publié de déclaration officielle concernant ce détournement d’Ocarina of Time.
Mon regard
Toucher simultanément au logo d’Ocarina of Time, au Bouclier Hylien, à Navi et surtout à la bande-son originale de Koji Kondo, c’est appuyer sur tous les boutons d’alerte que les avocats de Nintendo surveillent habituellement au millimètre. Là où la communication politique américaine parie sur la viralité immédiate en surfant sur l’actualité brûlante du retour d’Ocarina of Time, le précédent de The Tetris Company prouve qu’un rappel formel du droit des marques peut suffire à obtenir un retrait. Si The Pokémon Company avait déjà dû publier un désaveu officiel pour protéger son image, voir Nintendo laisser utiliser ses compositions musicales et l’emblème de sa série la plus prestigieuse sans broncher constituerait une rupture totale avec sa doctrine historique de protection absolue de ses licences.
Zelda Ocarina of Time
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