1 868 postes déjà supprimés sur 3 200 et marge coincée à 3 % : Xbox prépare trois nouvelles vagues de licenciements dès octobre

La cure d’austérité engagée à Redmond depuis le départ de Phil Spencer en février 2026 est loin d’avoir atteint son terme. Selon le grand dossier d’investigation publié par le journaliste Sebastian Herrera dans Fortune, la nouvelle PDG de Xbox, Asha Sharma, a déjà supprimé 1 868 postes sur un objectif global de 3 200 suppressions d’emplois, et prépare désormais trois nouvelles vagues de licenciements pour octobre, novembre et janvier 2027.
Plus de 1 300 postes encore menacés d’ici janvier 2027
Nommée par Satya Nadella en février dernier après avoir piloté l’introduction en bourse d’Instacart puis la plateforme AI Foundry de Microsoft, Asha Sharma applique une méthode de redressement implacable. Sur les 3 200 départs annoncés lors de la réorganisation estivale (soit près de 20 % des effectifs de la division sur l’exercice fiscal 2027), 1 600 postes ont été coupés en juillet et environ 260 supplémentaires en septembre.
Le décompte interne arrêté à 1 868 licenciements laisse donc un reliquat de 1 332 postes sur la sellette. Plusieurs sources proches du dossier confient que la direction a planifié l’exécution de ces coupes en trois salves successives dès ce mois d’octobre, puis en novembre et enfin en janvier prochain, tout en supprimant plusieurs strates intermédiaires d’encadrement.
Cet étalement sur près d’un an pèse lourdement sur le moral des équipes de Redmond, où des vétérans présents depuis plusieurs décennies ont déjà dû faire leurs cartons. Certains salariés décrivent le sentiment de travailler sous un nuage permanent en attendant de savoir si leur service sera le prochain sur la liste, au point qu’au moins un employé licencié par erreur s’est vu proposer en urgence de conserver son poste.
Une marge de 3 % et la fin des « chèques en blanc » pour les studios
Derrière cette saignée sociale se cache une réalité comptable que la directrice financière de Microsoft, Amy Hood, ne tolère plus. Bien que le rachat d’Activision Blizzard pour 69 milliards de dollars ait propulsé Xbox au troisième rang des divisions de Microsoft avec environ 21 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, sa marge bénéficiaire interne stagne autour de 3 %, soit trois à dix fois moins que ses concurrents directs.
Les consoles Xbox Series X|S, actuellement touchées par une pénurie de Xbox Series X désormais affichée à 699,99 €, se sont vendues à un peu plus d’un tiers seulement du volume de la PlayStation 5, alors que l’écosystème console génère toujours 80 % des revenus de la branche. D’anciens cadres reconnaissent également que le modèle du Xbox Game Pass a cannibalisé les ventes au prix fort des productions maison lors de leur fenêtre de lancement.

Pour redresser la barre dès l’exercice 2027, Asha Sharma a coupé les vivres aux structures plus modestes, laissant notamment Double Fine Productions et Compulsion Games reprendre leur indépendance, pour concentrer les capitaux sur les mastodontes commerciaux. Une cellule dédiée vient d’être créée pour décliner des licences comme Minecraft sur le modèle transmedia de Marvel chez Disney, tandis que Blizzard a officialisé World of Warcraft: Forever lors de la BlizzCon de septembre et que Gears of War: E-Day a ouvert le bal des nouvelles exclusivités le 6 octobre.
Fondateur d’inXile Entertainment et directeur du RPG steampunk Clockwork Revolution, Brian Fargo résume ce changement de doctrine sans détour : sous la direction d’Asha Sharma, plus aucun studio ne peut espérer un financement par chèque en blanc et chaque équipe doit désormais défendre un dossier commercial chiffré et rentable avant de recevoir le feu vert.

Game Pass à la carte, console Project Helix à 1 800 $ et rumeurs de scission
La transformation passe aussi par une refonte structurelle du Xbox Game Pass. Microsoft planche sur une architecture par paliers où les joueurs composeront leur formule à la carte, en activant des options payantes distinctes pour les jeux réservés à la console, le cloud gaming ou l’accès au multijoueur en ligne.
Du côté du laboratoire matériel Building 87 à Redmond, Asha Sharma et le designer en chef Carl Ledbetter ont avancé de plusieurs mois les échéances d’ingénierie de la génération Project Helix, en s’appuyant notamment sur l’intelligence artificielle en plein débat interne sur l’adoption massive des outils d’IA chez Xbox. Le calendrier vise désormais une console portable pour les fêtes de fin d’année 2027, suivie de la console de salon fin 2028, dont le coût projeté en interne oscille entre 1 200 et 1 800 dollars si Microsoft refuse de la subventionner face à la flambée de la mémoire vive.
Ce chantier matériel a d’ailleurs provoqué un vif accrochage avec la division Windows, qui exigeait d’installer une version allégée de Windows Home sur la future console portable de 2027. Un cadre dirigeant de Xbox a menacé d’annuler purement et simplement la machine portable plutôt que d’accepter cette mouture, permettant finalement aux équipes d’Asha Sharma de garder la main sur leur propre système d’exploitation optimisé pour le jeu.
« Asha est l’une des meilleures dirigeantes de toute l’entreprise. Nous ne l’aurions pas placée à la tête d’une activité que nous avons l’intention de vendre. »
Judson Althoff, directeur des activités commerciales de Microsoft
Malgré ce démenti de Judson Althoff, le basculement des adresses e-mail des salariés de microsoft.com vers xbox.com, l’abandon du nom Microsoft Gaming en avril et l’existence d’une présentation interne étudiant une scission ou une filialisation continuent d’alimenter les spéculations. Le prochain examen de passage financier aura lieu dès la publication des résultats trimestriels de Microsoft à la fin du mois.
Mon avis : l’addition salée du rachat d’Activision Blizzard
En suivant les rachats frénétiques de studios par Microsoft depuis cinq ans, je savais que le réveil comptable serait brutal dès que la direction financière regarderait la colonne des bénéfices nets. Quand on débourse 69 milliards de dollars pour Activision Blizzard et qu’on se retrouve avec une marge famélique de 3 %, ce ne sont jamais les architectes de cette stratégie qui paient la note, mais les 3 200 développeurs et techniciens qu’on licencie par tranches sur douze mois.
Exiger que les studios présentent des projets viables a du sens, mais imaginer vendre en 2028 une console Project Helix entre 1 200 et 1 800 dollars sans subvention relève du mirage industriel. À ce tarif, Xbox ne se battra plus contre la PlayStation 6, mais directement contre des PC gaming complets autrement plus ouverts.
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