3 temps morts brûlés dès 3-2 et G2 renversé : comment dastan a changé de méthode derrière Jame chez PARIVISION aux IEM Beijing 2026

Entrer dans les IEM Beijing 2026 face à G2 Esports après avoir concédé la première carte sur Dust2 (9-13) avait tout du piège classique pour PARIVISION. Pourtant, loin de céder à la frustration qui avait parfois plombé ses précédentes sorties internationales sur Counter-Strike 2, le cinq emmené par Dzhami « Jame » Ali a intégralement retourné le quart de finale de l’Upper Bracket du Groupe B en balayant Anubis (13-7) avant de verrouiller Ancient (13-9). Derrière les écrans à Pékin, un homme a particulièrement retenu l’attention : l’entraîneur kazakh Dastan « dastan » Akbayev, qui a livré après la rencontre une confession rare sur son propre tempérament et sur la métamorphose interne de son vestiaire.
Une masterclass de Jame (63-33) et trois temps morts brûlés dès 3-2 sur Ancient
Sur le serveur chinois, le renversement de situation face au collectif de Nemanja « huNter- » Kovač et Matúš « MATYS » Šimko (pourtant auteur d’un solide 1.37 de rating avec 50 éliminations) porte d’abord la griffe des grands anciens. Impérial à l’AWP comme dans ses lectures de fin de round, Jame a signé une prestation monumentale sur l’ensemble du Bo3 : 63 éliminations pour seulement 33 morts, 102,1 de dégâts moyens par round (ADR) et un rating final de 1.46. À ses côtés, Evgeniy « FL1T » Lebedev (49-40, 86,8 d’ADR et 1.27 de rating) a constamment ouvert les brèches, bien épaulé par Vladislav « xiELO » Lysov (46-46, 1.08 de rating), le vétéran kazakh Abay « HObbit » Khassenov (43-39, 1.01) et le jeune Ivan « zweih » Gogin.
La manche décisive sur Ancient a d’ailleurs offert une séquence inhabituelle qui a beaucoup fait réagir la communauté : soucieux de tuer dans l’œuf la moindre mauvaise habitude tactique face aux assauts de Nikita « HeavyGod » Martynenko et Artem « r1nkle » Moroz, dastan a consommé l’intégralité de ses trois temps morts tactiques dès le cinquième round (à 3-2). Un pari audacieux qui aurait pu tourner au vinaigre par le passé si le coach avait laissé transparaître son agacement, mais qui a cette fois servi de rampe de lancement vers un succès 13-9 maîtrisé dans un Groupe B décidément électrique, où le sniper chinois Jee vient tout juste de retrouver son AWP chez TYLOO face à MOUZ après son isolement pour la varicelle.
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« J’ai travaillé sur moi-même pour ne pas montrer de mauvaise humeur » : l’électrochoc de Belgrade
Interrogé en coulisses après ce succès inaugural aux IEM Beijing 2026, le technicien de 32 ans n’a pas cherché à esquiver le sujet de sa gestion émotionnelle. Habitué depuis plus d’une décennie aux joutes de très haut niveau, de l’épopée AVANGAR jusqu’au sacre majeur de Rio en 2022 sous la bannière Outsiders / Virtus.pro, Dastan Akbayev a reconnu que la perte de la manche initiale sur Dust2 a constitué son premier vrai test psychologique du tournoi :
« J’ai travaillé sur moi-même pour ne pas montrer de mauvaise humeur, et après la première carte, je me suis contrôlé et j’ai commencé à parler d’une manière différente. Je sais que c’est parfois difficile, et j’espère que cette façon de travailler va continuer et aider mon équipe à mieux performer. »
Pour comprendre cette prise de conscience, il faut remonter quelques semaines plus tôt, lors du passage de l’équipe en Serbie. Avant de reconstituer une colonne vertébrale ultra-expérimentée, le coach kazakh avait passé de longs mois à encadrer des profils beaucoup plus jeunes chez PARIVISION, à l’image d’Emil « nota » Moskvitin, d’Andrey « BELCHONOKK » Yasinskiy ou encore d’AW. Une période formatrice mais usante nerveusement, où l’entraîneur devait porter seul toute l’exigence disciplinaire du groupe :
« Je pense que, parce que j’ai travaillé avec de jeunes joueurs comme nota, BELCHONOKK et AW, quelque chose en moi avait changé après ça. Maintenant, après Belgrade, nous avons eu une discussion profonde et j’ai compris que je devais changer mon approche, parce que j’ai FL1T, HObbit et Jame. »
Déléguer la discipline à trois champions de Major pour briser la malédiction des tournois réguliers
Le constat dressé par dastan touche au cœur même du management sur Counter-Strike 2. On ne dirige pas un vestiaire composé de trois vainqueurs de Major (Jame et FL1T titrés à Rio en 2022, HObbit sacré à Cracovie dès 2017) comme on encadre une académie de rookies. En acceptant de partager le poids de la rigueur quotidienne et du recadrage en plein match avec ses trois vétérans, le coach libère de l’espace mental pour les jeunes xiELO et zweih tout en apaisant les communications vocales lors des rounds sous haute tension.
L’objectif affiché à Pékin dépasse d’ailleurs ce simple duel remporté contre G2 Esports. Lucide sur l’ADN historique de ses formations successives, le technicien kazakh veut désormais gommer l’irrégularité chronique qui sépare leurs coups d’éclat en Major de leurs prestations parfois poussives sur le circuit classique :
« Historiquement, chez AVANGAR, Virtus.pro et PARIVISION, nous arrivons toujours à montrer du bon CS quand ça compte vraiment, lors d’un Major ou de matchs très importants. Mais sur les tournois habituels, nous ne jouons pas bien et nous n’arrivons pas à gagner ni à aller systématiquement en playoffs. J’espère qu’avec cet effectif, nous irons plus loin que précédemment. »
Propulsé en demi-finale de l’Upper Bracket du Groupe B des IEM Beijing 2026, PARIVISION n’est plus qu’à une victoire en Bo3 d’une qualification directe pour les playoffs devant le public pékinois. Un test grandeur nature immédiat pour vérifier si la nouvelle sérénité de dastan et la forme étincelante de Jame suffiront à transformer l’essai.
Mon avis
Quiconque a déjà suivi un Bo3 tendu sur Counter-Strike sait à quel point le langage corporel d’un coach derrière les chaises peut faire basculer une série. Sur CS2, où les entraîneurs ne peuvent intervenir que pendant les quatre pauses tactiques de 30 secondes et entre les cartes, un coach qui soupire, lève les yeux au ciel ou attaque son débriefing d’entre-deux-cartes avec la mâchoire crispée empoisonne instantanément le cinq sur le serveur. Quand dastan encadrait des gamins comme nota ou BELCHONOKK, ce rôle de père fouettard omniprésent se comprenait pour imposer un cadre. Mais avec Jame, FL1T et HObbit assis devant lui, continuer à centraliser toute la pression nerveuse était contre-productif. Le fait qu’il ait grillé ses trois temps morts dès 3-2 sur Ancient tout en gardant un ton posé prouve qu’il a retenu la leçon de Belgrade : il corrige le tir tactiquement tout de suite, puis il laisse ses trois vétérans verrouiller le serveur. Et vu le 63-33 collé par Jame à G2, le message est passé cinq sur cinq.
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