Racheté par Splash Damage trois mois après une vague de licenciements, le studio derrière SCUM taille à son tour dans ses équipes

Huit mois seulement après son intégration au sein du Splash Damage Group, le studio croate Gamepires vient d’annoncer une réduction de ses effectifs à Zagreb. Les créateurs du jeu de survie en monde ouvert SCUM subissent de plein fouet une restructuration qui interroge, alors que leur maison mère britannique avait elle-même acquis l’équipe seulement trois mois après avoir lancé un vaste plan de départs internes.
Gamepires confirme des départs au sein de l’équipe de SCUM à Zagreb
Fondé en 2010 à Zagreb par Tomislav Pongrac et Andrej Levenski, Gamepires comptait jusqu’ici plus de 65 spécialistes dédiés à l’évolution de son jeu phare. Dans une déclaration officielle publiée sur ses réseaux sociaux et relayée par plusieurs développeurs touchés sur LinkedIn, la direction du studio a officialisé la suppression d’un nombre non communiqué de postes :
« Une décision difficile a été prise de réduire la taille de l’équipe de Gamepires, ce qui implique de dire au revoir à des collègues qui ont contribué à façonner SCUM et le studio. Cette étape est nécessaire pour aider Gamepires à s’adapter à des conditions de marché difficiles et à assurer sa viabilité à long terme. »
Le studio croate précise que ces licenciements relèvent exclusivement de contraintes économiques et n’ont aucun lien avec la qualité du travail fourni par les employés remerciés. Pour les joueurs, Gamepires assure que le suivi post-lancement de SCUM (sorti d’accès anticipé en version 1.0 sur Steam le 17 juin 2025 après sept années de développement) se poursuit avec de nouveaux correctifs et mises à jour de contenu.

De la sortie de Tencent au rachat par Emona Capital : la chronologie agitée de Splash Damage
Si cette vague de départs fait autant réagir au sein de l’industrie, c’est en raison de la trajectoire financière très particulière de sa maison mère, le studio britannique Splash Damage (connu pour Wolfenstein: Enemy Territory, Dirty Bomb ou encore Gears Tactics). En l’espace de moins de deux ans, le groupe basé à Bromley a enchaîné les revirements stratégiques radicaux :
- 8 janvier 2025 : alors qu’il appartient encore au géant chinois Tencent (via le rachat de Leyou Technologies en 2020), Splash Damage annule le développement de son jeu d’action coopératif Transformers: Reactivate et procède à une première vague de suppressions de postes.
- 25 septembre 2025 : Splash Damage acte sa séparation d’avec Tencent grâce à un rachat soutenu par le fonds d’investissement privé Emona Capital.
- 26 novembre 2025 : deux mois à peine après cette prise d’indépendance, la direction place l’intégralité des postes du studio britannique sous procédure légale de consultation (studio-wide consultation process) en vue de licenciements massifs, invoquant déjà la nécessité de « rester agile et adaptable dans un marché très difficile ».
- 26 février 2026 : exactement trois mois après avoir taillé dans ses propres équipes, Splash Damage et Emona Capital rachètent Gamepires à l’éditeur britannique Jagex (qui avait acquis le studio fin 2022) pour fonder le Splash Damage Group sous la direction de Ben Hopkinson, ancien directeur financier promu PDG.
À l’époque de cette acquisition en février 2026, la création du Splash Damage Group était présentée comme un levier d’investissement destiné à faire grandir la franchise SCUM tout en développant de nouvelles licences originales. Huit mois plus tard, la filiale croate se retrouve pourtant contrainte d’appliquer la même cure d’austérité que sa maison mère. Cette instabilité chronique des studios ballottés entre fonds d’investissement et rachats successifs rappelle d’autres secousses récentes du secteur, comme les licenciements chez Undead Labs autour de State of Decay 3 ou encore la fermeture définitive des serveurs de Zenith par Ramen VR face à la pression des coûts d’exploitation.
Mon avis
Difficile de ne pas ressentir un profond malaise devant la mécanique financière à l’œuvre chez Splash Damage Group. Voir une entreprise placer l’ensemble de ses salariés en procédure de licenciement fin novembre 2025 au nom de « l’agilité », trouver trois mois plus tard les capitaux nécessaires avec Emona Capital pour racheter Gamepires à Jagex, puis licencier dès octobre les développeurs qui ont porté SCUM jusqu’à sa version 1.0 illustre toute la brutalité des restructurations pilotées par le capital-investissement. Quand les communiqués copiés-collés sur la « viabilité à long terme » servent à la fois à justifier des coupes sombres et à encadrer des fusions-acquisitions, ce sont invariablement les équipes de production qui paient l’addition.
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