Portraits de Mario et Yoshi retirés d’Ocarina of Time sur Switch 2 : pourquoi Nintendo a purgé la cour d’Hyrule (à une exception près)

Dès l’ouverture des portes d’Hyrule ce jeudi 5 novembre 2026 sur Nintendo Switch 2, les vétérans de la cartouche Nintendo 64 de 1998 n’ont pas manqué de vérifier l’un des secrets les plus célèbres de l’histoire du jeu vidéo. En s’infiltrant dans les jardins du Château d’Hyrule pour rencontrer la jeune Princesse Zelda et en glissant un œil par la fenêtre de droite de la cour intérieure, un détail saute immédiatement aux yeux : les mythiques cadres à l’effigie de Mario, Yoshi, Peach, Bowser et Luigi ont totalement disparu.
Alors que les joueurs profitent déjà du déploiement du patch 1.1.1 de 343 Mo activant Zelda Notes sur Switch 2, le producteur historique de la saga Eiji Aonuma et son homologue Hidemaro Fujibayashi ont pris la parole à New York en marge de la publication de l’entrevue officielle Les développeurs ont la parole, Vol. 24 sur le site de Nintendo. Les deux dirigeants dévoilent pourquoi Nintendo EPD a volontairement effacé ces clins d’œil croisés, tout en épargnant un unique accessoire vestimentaire bien connu des habitués du Ranch Lon Lon.
« Pourquoi Yoshi est-il là ? » : la fin des caméos hors sujet dans la cour de la Princesse Zelda
En 1998 sur Nintendo 64, observer la fenêtre droite de la cour du château permettait d’admirer les portraits des héros du Royaume Champignon, une galerie remplacée treize ans plus tard sur Nintendo 3DS par un décor en trompe-l’œil tiré de New Super Mario Bros. (tandis que la fenêtre gauche renvoyait une rubrique rubis ou un coup de fronde). Dans cette refonte intégrale sur Nintendo Switch 2, la maçonnerie royale ne conserve plus aucune trace de la mascotte moustachue ni de son dinosaure vert.
Interrogé sur cette disparition, Eiji Aonuma explique que l’exigence d’immersion visuelle et narrative portée par ce remake ne s’accordait plus avec l’esprit potache de la fin des années 1990 :
« À l’époque, lorsque nous les avions placés là, je ne pense pas que quiconque ait trouvé cela bien grave. Il y avait peut-être une approche plus insouciante ou décontractée envers ce genre de choses. Mais en regardant cela aujourd’hui, si un joueur traverse cette zone, compte tenu de la manière globale dont nous créons ce monde et offrons au joueur cette forme d’expression, s’il lève les yeux et se demande : « Pourquoi Yoshi est-il là ? », nous ne voulons pas que ce moment vienne interrompre son immersion dans le monde de cette façon. Notre ressenti à ce sujet a donc un peu changé cette fois-ci. »

Un seul survivant de l’univers Super Mario échappe toutefois à ce grand nettoyage : le bijou doré à l’effigie de Bowser que portent autour du cou le fermier endormi Talon et sa fille Malon au Ranch Lon Lon. Comme le souligne Eiji Aonuma, cet ornement reste parfaitement visible en haute définition sur Switch 2 pour une raison simple : « Vous vous souviendrez qu’il y a un élément sur Talon représentant Bowser, et cela fait partie intégrante du design original du personnage. Nous n’y avons donc pas touché. Cela reste tel quel. »
Affiches de Skyward Sword supprimées et refus des clins d’œil forcés à la chronologie Zelda
Ce souci de cohérence interne a également scellé le sort d’un autre secret apparu dans The Legend of Zelda: Ocarina of Time 3D en juin 2011. À quelques mois de la sortie de Skyward Sword sur Wii, les équipes avaient dissimulé plusieurs illustrations conceptuelles du futur épisode derrière des caisses du Bazar du Bourg d’Hyrule, dans la chambre du Ranch Lon Lon ou sur les murs du repaire Gerudo. Sur Nintendo Switch 2, toutes ces affiches anachroniques ont été retirées.
« Je me souviens qu’à l’époque, les concepteurs de la version 3DS tenaient vraiment à glisser des Easter Eggs de ce genre un peu partout dans le jeu, et le calendrier de sortie de Skyward Sword tombait à pic pour l’inclure. J’avais donc dit : « D’accord, allons-y » », se remémore Eiji Aonuma avant de justifier leur retrait en 2026 : « Mais comme pour la séquence de la cour avec le portrait de Yoshi, on ne veut pas interrompre l’expérience du joueur en lui montrant quelque chose qui n’a aucun rapport avec ce qu’il est en train de faire dans le jeu. C’est pour cette raison que nous avons décidé de ne pas emprunter cette voie. »
Assis à ses côtés, Hidemaro Fujibayashi (qui avait lui-même réalisé Skyward Sword en 2011 avant de diriger Breath of the Wild et Tears of the Kingdom) accueille cette suppression avec le sourire : « Il y avait un concept directeur précis dans ce que nous cherchions à accomplir, donc sans rancune. »
Dans la même logique, Eiji Aonuma révèle avoir refusé les propositions des jeunes développeurs de Nintendo EPD qui souhaitaient glisser des clins d’œil explicites à la chronologie officielle de la saga ou à des opus postérieurs comme The Wind Waker : « L’équipe me demandait parfois s’il était possible d’inclure des clins d’œil à la chronologie ou des références aux autres jeux, et je leur répondais : « Non, concentrons-nous sur ce jeu. Faisons-en la meilleure version d’Ocarina of Time possible. » » Une philosophie d’authenticité qui rejoint l’attention portée aux objets physiques entourant ce lancement, à l’image du véritable Ocarina du Temps à 12 trous conçu avec Otsuka capable de piloter Link au micro.

Un 5e flacon inédit, des dialogues réécrits et deux cinématiques clés métamorphosées
Au-delà du tri opéré dans les clins d’œil visuels, l’entretien des deux producteurs lève le voile sur plusieurs ajustements majeurs qui transforment la progression sur Nintendo Switch 2 :
- L’ajout d’un cinquième flacon vide (Bottle) : alors que la cartouche de 1998 limitait strictement l’inventaire de Link à quatre flacons pour conserver fées, potions ou feu bleu, le remake en propose désormais cinq, tout en permettant de dénicher le tout premier flacon beaucoup plus tôt dans l’aventure. Eiji Aonuma confie qu’il gardait ce regret en tête depuis vingt-huit ans : « Même à l’époque du développement du jeu original, je me disais : « Oh, un seul flacon de plus ne serait pas de refus. » […] Lorsque les jeunes membres de l’équipe se sont familiarisés avec l’ancien jeu, j’ai suggéré que le joueur puisse obtenir son premier flacon plus tôt, afin de lui faire comprendre à quel point les flacons sont précieux et de le motiver à chercher les suivants. »
- Une réécriture complète des textes adaptée aux graphismes HD : sans altérer le sens du récit, Hidemaro Fujibayashi explique que la quasi-totalité des dialogues a été remaniée pour moderniser les tournures de 1998 et supprimer les descriptions visuelles devenues superflues. Sur Nintendo 64, le texte devait préciser que l’ocarina était « cet ocarina bleu d’une taille qui tient dans la main » pour pallier la faible résolution des modèles 3D. Sur Switch 2, où chaque détail saute aux yeux, ces explications redondantes ont été gommées pour fluidifier le rythme.
- L’éveil de Link adulte face à Ganondorf et la cinématique de fin considérablement enrichis : Eiji Aonuma souligne que la scène où Link grandit de sept ans dans le Temple du Temps manquait d’explications en 1998 concernant la présence et la réaction de Ganondorf, laissant le joueur perplexe sur son lien exact avec le processus. La séquence a été profondément étoffée pour renforcer l’envie d’en découdre avec le roi Gerudo, tandis que Hidemaro Fujibayashi confirme que l’équipe a longuement débattu et retravaillé la cinématique finale du jeu afin de transmettre toute l’émotion que la technologie de l’époque ne permettait pas d’exprimer pleinement.
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Mon regard
Autant j’ai un petit pincement au cœur nostalgique en pensant aux portraits de Mario et Yoshi que j’allais systématiquement épier par la fenêtre de la cour royale sur ma Nintendo 64, autant la logique d’Eiji Aonuma se tient de bout en bout. Avec la beauté plastique et l’atmosphère presque théâtrale de cette refonte Switch 2, tomber nez à nez avec une affiche de Super Mario ou un poster promotionnel de Skyward Sword en pleine discussion secrète avec la Princesse Zelda aurait cassé la magie de la scène. Le fait d’avoir gardé intacte la fameuse broche Bowser sur le col de Malon et de Talon est le clin d’œil discret parfait : il respecte le dessin original de 1998 sans briser le quatrième mur. Et franchement, je troque volontiers deux cadres muraux contre un cinquième flacon dans mon inventaire et une scène d’éveil au Temple du Temps qui donne enfin toute sa stature menaçante à Ganondorf !
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