De 17 à 36 FPS sur Crysis : un kit de développement du GPU annulé Intel Larrabee refait surface dans un box de stockage

Kit de développement Intel Visual Adrenaline avec prototype de carte graphique Intel Larrabee C0

Dix-sept ans après son abandon en tant que carte graphique grand public en décembre 2009, le projet Intel Larrabee vient de livrer l’un de ses secrets les mieux gardés. En achetant un lot de matériel informatique ancien lors de la vente aux enchères d’un box de stockage abandonné, le collectionneur pkellythompson a mis la main sur une station de travail complète baptisée Intel Visual Adrenaline. Loin d’être une simple coquille vide pour étagère, la machine renfermait un prototype fonctionnel de carte graphique Larrabee accompagné de ses clés USB d’installation d’origine, permettant pour la toute première fois de mesurer son comportement réel sous Crysis.

Un kit de développement Intel Visual Adrenaline figé en révision C0

Lorsque l’acquéreur a ouvert le boîtier pour identifier cette mystérieuse carte PCIe double slot dépourvue de marquage commercial, la communauté hardware de r/PCHardware a rapidement reconnu l’un des fantômes les plus célèbres de l’histoire du PC. Ce système de développement officiel Intel Visual Adrenaline s’articule autour d’une carte mère haut de gamme Intel DX58SO (chipset X58 sur socket LGA 1366), associée à une carte fille de diagnostic dédiée et à un échantillon d’ingénierie (Engineering Sample) du GPU Larrabee en révision C0, soit l’une des dernières étapes de silicium gravées avant la réorientation du projet.

La remise en route a d’abord nécessité un dépannage méthodique. Au premier allumage, la sortie HDMI de la carte restait totalement muette et le système refusait d’amorcer son disque dur. La cause était double : la pile CMOS était épuisée, ce qui avait réinitialisé les paramètres du BIOS en basculant le contrôleur SATA en mode AHCI au lieu du mode IDE requis par l’installation d’époque, tandis que l’affichage initial ne s’activait que via le connecteur DVI. Une fois la pile remplacée, le mode IDE rétabli et l’écran branché en DVI, la séquence de démarrage du BIOS a explicitement confirmé la présence du prototype Larrabee avant de charger l’environnement Windows 7 d’origine.

Deux clés USB de pilotes internes sauvées et archivées

La véritable pépite de cette trouvaille réside toutefois dans les accessoires joints au PC. Jusqu’ici, seul un autre exemplaire fonctionnel de Larrabee avait été aperçu dans la nature, mais sans la pile logicielle indispensable pour exploiter sa puce en 3D. Cette fois, le box de stockage contenait deux clés USB officielles Intel regroupant respectivement 82 Mo et 728 Mo de données confidentielles d’époque : pilotes graphiques internes, documentation d’architecture, kit de développement logiciel (SDK) et outils de mise à jour du VBIOS.

Afin d’éviter que ce patrimoine logiciel unique ne disparaisse avec l’usure de la mémoire flash, l’intégralité des deux clés USB a été extraite et téléversée sur Internet Archive. Grâce à ces paquets d’installation, Windows 7 a immédiatement identifié le processeur graphique Larrabee et activé l’accélération matérielle Direct3D. Là où les ingénieurs de Santa Clara misaient en 2008 sur un pipeline graphique presque entièrement logiciel avant de concevoir plus d’une décennie plus tard les unités matérielles modernes des GPU Intel Arc sous DirectX, ce pilote d’époque prouve que la couche de traduction Direct3D était déjà opérationnelle en laboratoire.

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Le verdict sur Crysis : de 17 à 36 FPS grâce au second pilote

Impossible de ressusciter un prototype de carte graphique de la fin des années 2000 sans le soumettre au juge de paix absolu de sa génération : le premier Crysis de Crytek. Lancé en définition 720p (1280 × 720 pixels) avec les détails réglés sur le profil Moyen (Medium) et l’anticrénelage désactivé, le titre a d’abord affiché un framerate modeste d’un peu plus de 17 FPS avec le premier pilote préinstallé.

Trailer video

En fouillant plus profondément dans les répertoires des deux clés USB, le propriétaire a toutefois découvert une version plus récente du pilote graphique. Une fois cette mise à jour appliquée, le débit d’images dans Crysis a plus que doublé pour atteindre environ 36 FPS avec les mêmes paramètres en 720p. Si ce chiffre démontre l’ampleur des gains obtenus par l’optimisation logicielle sur cette puce, il explique aussi pourquoi Intel a préféré jeter l’éponge fin 2009 : à la même époque, des cartes milieu de gamme accessibles comme la GeForce 9600 GT ou la Radeon HD 3850 dépassaient déjà ces valeurs en 1280 × 1024.

Mon avis sur cette fiche technique

Pour tout passionné d’architecture GPU, voir tourner Crysis à 36 FPS sur du silicium Larrabee C0 tient du miracle archéologique. Il faut se rappeler le pari complètement fou d’Intel entre 2006 et 2009 : au lieu de concevoir des unités de rastérisation fixes comme NVIDIA et AMD, Larrabee alignait des dizaines de petits cœurs x86 in-order dérivés du vieux Pentium P54C, dopés au multithreading à 4 voies et flanqués d’unités vectorielles VPU de 512 bits reliées par un bus en anneau bidirectionnel de 1 024 bits. Toute la rastérisation par tuiles (tile-based rendering) reposait sur le logiciel. Nous n’avons pas encore eu ce matériel entre les mains à la rédaction : si le constructeur souhaite nous confier un exemplaire de test pour le passer sur notre protocole complet en conditions réelles, notre banc d’essai lui est grand ouvert.

Passer de 17 à 36 FPS par un simple changement de pilote illustre exactement le gouffre dans lequel les équipes d’Intel se trouvaient à l’époque : émulée en x86, la moindre étape du pipeline Direct3D dévorait des cycles précieux face aux unités câblées d’une GeForce série 200 ou d’une Radeon HD 4800. Larrabee a échoué dans nos tours gaming, mais ses registres vectoriels 512 bits ont directement donné naissance aux coprocesseurs Xeon Phi (Knights Ferry puis Knights Corner) et au jeu d’instructions AVX-512, avant qu’Intel ne revienne par la grande porte avec de vraies puces graphiques dédiées que l’on retrouve aujourd’hui jusque dans des consoles portables sous Intel Arc G3 Extreme.

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Arthur "Heimdall"
Rédigé par Arthur "Heimdall"
⚡ Rédacteur Hardware FR & UK

Passionné de hardware et de jeu vidéo, Arthur « Heimdall » navigue entre la France et l'Angleterre où il travaille dans la vente de solutions logicielles B2B. Diplômé d'école de commerce et passionné de bancs d'essai, il monte et démonte des PC depuis son enfance, traquant chaque degré thermique et chaque milliseconde de latence d'affichage. Joueur éclectique passé par Assassin's Creed et Roblox, c'est sur les raids de World of Warcraft qu'il a rencontré Grimtag et Chaya avant de rejoindre l'aventure Pro-Gamer.

Spécialité :⚡ Banc d'essai Hardware & Benchmarks PC @Allkeygames Rejoindre le Discord
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