« Quelques téraoctets d’AI slop » supprimés et pages doublées en deux mois : comment itch.io riposte à l’invasion des jeux IA avec son filtre No AI

La coupe est pleine pour le bastion historique de la création indépendante sur PC. Confrontée à une explosion sans précédent de projets générés automatiquement depuis la rentrée, la plateforme itch.io vient de déclencher une contre-offensive majeure entre le 1er et le 3 novembre 2026 : purge massive de plusieurs téraoctets de fichiers sur ses serveurs, intégration d’un filtre « No AI » directement dans son moteur de recherche et extension de l’étiquetage obligatoire aux jeux de plateau, aux livres, aux bandes dessinées ainsi qu’aux bandes-son.
Des créations de pages quotidiennes doublées en deux mois et des téraoctets purgés
Tout est parti d’un graphique interne publié le 1er novembre 2026 par l’équipe d’itch.io sur son compte officiel Bluesky (@itch.io). La courbe y montre que le nombre de nouvelles pages créées chaque jour sur la boutique a littéralement doublé au cours des deux derniers mois. Pourtant, ni la fréquentation réelle, ni le volume de téléchargements, ni les achats des joueurs n’ont suivi cette inflation artificielle. Lorsqu’un lecteur a demandé naïvement en commentaire ce qui provoquait une telle anomalie statistique, la plateforme a répondu d’une formule lapidaire : « Devinez » (« Take a guess »).
Contrairement à ce que l’on pourrait penser face aux vitrines inondées de packs d’assets pixel-art clonés et vendus 4,99 dollars à la chaîne, l’équipe d’itch.io précise que les comptes de spam en rafale (bulk uploaders) sont déjà neutralisés et désindexés dès leur détection. La véritable source de cette saturation verticale est plus insidieuse : elle provient d’une vague massive de nouveaux inscrits qui publient leur tout premier fichier généré par intelligence artificielle (« first time uploaders, not bulk uploaders »).
Historiquement pensée pour offrir un hébergement gratuit et sans barrière à l’entrée aux développeurs amateurs, aux étudiants et aux participants de game jams, l’infrastructure d’itch.io paie aujourd’hui le prix fort de cette générosité face à des archives lourdes et non optimisées. En appliquant ses conditions d’utilisation contre le spam automatisé, la boutique a confirmé avoir déjà supprimé « quelques téraoctets d’AI slop » (« deleted a couple terabytes of AI slop ») de ses disques.
Un filtre « No AI » dans la recherche et quatre nouvelles catégories soumises à déclaration
Pour éviter que les créations artisanales ne soient noyées sous ce déluge algorithmique, itch.io a franchi un cap supplémentaire ce 3 novembre 2026 en déployant un filtre de divulgation d’IA générative là où il manquait le plus cruellement : directement sur sa page de résultats de recherche. En cochant l’option permettant d’exclure l’IA générative ou en parcourant la balise dédiée no-ai, les utilisateurs peuvent désormais masquer d’un clic l’intégralité des projets ayant recours à ces outils.
Parallèlement à ce bouclier de recherche, la plateforme durcit considérablement son règlement de transparence. Jusqu’à présent cantonnée aux jeux vidéo et aux packs d’assets graphiques depuis son introduction fin 2024, l’obligation de déclarer l’usage d’une IA générative s’étend désormais à quatre nouvelles catégories du catalogue :
- Les jeux de plateau physiques (tabletop games), incluant les livrets de règles, les cartes et les campagnes de jeu de rôle sur table ;
- Les livres et romans numériques distribués sur la boutique ;
- Les bandes dessinées (comics) et zines illustrés ;
- Les bandes-son (soundtracks) et packs de musiques ou d’effets sonores.
La règle imposée par itch.io ne laisse aucune zone grise aux créateurs : dès lors qu’un outil génératif a été sollicité à n’importe quelle étape de la production, la mention est strictement obligatoire, y compris lorsque l’auteur a retouché ou retravaillé manuellement le rendu final par la suite. Tout compte qui refuse de remplir ce formulaire de transparence ou tente de dissimuler l’usage d’IA s’expose au déréférencement immédiat de ses pages.
Une crise de découvrabilité qui frappe toute la scène indépendante PC
L’alerte lancée par itch.io fait directement écho à la saturation qui touche l’ensemble de la distribution dématérialisée sur PC. Il y a quelques semaines à peine, nous revenions sur le constat lucide de Masahiro Sakurai face au déluge de titres générés par IA parmi les 19 000 jeux publiés chaque année sur Steam, un embouteillage qui menace la visibilité même des petits studios. Alors que l’hégémonie commerciale de Steam reste aujourd’hui indétrônable sur PC, la capacité d’une boutique à trier efficacement le grain de l’ivraie devient un argument de survie décisif.
Même lorsque les développeurs respectent les règles d’étiquetage, la crispation des joueurs reste vive. On l’a récemment constaté autour du beat ’em up indépendant Slam Tank, développé par Next Stage Inc. sur PC, dont la bande-annonce officielle a déclenché d’intenses débats au sein de la communauté après que l’équipe a déclaré sur sa fiche l’usage d’outils assistés par IA pour le code, la retouche de certains modèles 3D et les visuels promotionnels :

Mon avis
Quand une plateforme aussi ouverte et bienveillante qu’itch.io en arrive à devoir effacer plusieurs téraoctets de bouillie générée par IA et à voir ses créations de pages doubler en soixante jours, c’est que la digue a sauté. Le plus révoltant dans ce graphique, ce n’est même pas l’existence des fermes à clics habituelles, mais cette armée d’opportunistes qui détournent un hébergement gratuit financé pour les vrais artisans du jeu indépendant et des game jams. Ajouter enfin le bouton « No AI » directement dans le moteur de recherche et forcer la transparence sur les jeux de rôle papier, les BD et les bandes-son était la seule décision saine à prendre. Libre à chacun d’expérimenter dans son coin, mais les joueurs et les créateurs qui passent des mois sur chaque sprite et chaque ligne de code méritent un catalogue qui ne ressemble pas à une décharge automatisée.
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