Rachat d’Arkane Lyon : Ubisoft et deux autres éditeurs déposent une offre auprès de Microsoft pour reprendre le studio de Dishonored

Concept officiel de Marvel's Blade d\u00e9velopp\u00e9 par Arkane Lyon, studio convoit\u00e9 par Ubisoft

Menacé de fermeture totale par Microsoft depuis le mois de juillet, le studio français Arkane Lyon voit enfin se dessiner des pistes concrètes pour assurer sa survie. Alors que la période légale de consultation des représentants du personnel a été prolongée jusqu’au 13 décembre prochain, Ubisoft Entertainment figure en tête d’une liste d’au moins trois entreprises du secteur ayant déposé une offre officielle pour racheter les créateurs de Dishonored et de Deathloop à la division Xbox.

Trois offres de rachat et l’option de l’indépendance sur la table d’Xbox

Les discussions autour de l’avenir de l’antenne lyonnaise entrent dans leur phase décisive. Selon des sources proches du dossier et des négociations en cours, au moins trois sociétés spécialisées dans le jeu vidéo ont transmis une proposition de reprise à Microsoft, parmi lesquelles le géant français Ubisoft est le premier candidat formellement identifié. Ces pourparlers, encore à un stade préliminaire et dont les montants financiers restent confidentiels, visent à éviter la liquidation pure et simple d’une équipe de premier plan.

En parallèle de ces trois candidatures externes, la direction d’Xbox pilotée par sa directrice générale Asha Sharma étudie également la piste d’un rachat du studio par ses propres cadres dirigeants (management buyout). Cette formule permettrait à Arkane Lyon de retrouver son indépendance, un chemin déjà emprunté ces derniers mois par d’autres entités historiques de Microsoft comme Double Fine Productions (Psychonauts 2) ou Compulsion Games, dont le directeur créatif confiait récemment pourquoi le modèle de financement d’Xbox sur South of Midnight n’était plus tenable face aux nouvelles exigences de rentabilité du groupe.

Trailer video

217 emplois en jeu et un sursis légal jusqu’au 13 décembre 2026

Pour comprendre pourquoi Microsoft négocie aujourd’hui la cession d’Arkane Lyon après avoir fermé sa branche texane d’Austin en 2024, il faut se tourner vers le droit du travail français. Après l’annonce interne du projet de fermeture le 16 juillet dernier et la signature d’un accord de méthode publié sur Légifrance le 24 juillet avec le syndicat Printemps écologique, la firme de Redmond s’est heurtée à l’obligation légale, pour toute entreprise de plus de 1 000 salariés, de chercher activement un repreneur sérieux avant de pouvoir prononcer la cessation définitive d’un site en France.

Sous l’impulsion des syndicats Printemps écologique et STJV, qui contestent la légitimité du motif économique avancé par l’éditeur américain, Microsoft a accepté fin octobre de repousser l’échéance de consultation du 13 novembre au 13 décembre 2026 pour sauver les 217 emplois que compte le studio fondé en 1999. Ce mois supplémentaire offre désormais une fenêtre de tir indispensable pour examiner en détail le dossier déposé par Ubisoft ainsi que les deux autres offres concurrentes.

Quel avenir pour Marvel’s Blade et le catalogue historique d’Arkane ?

Au cœur de ces tractations se trouve un projet majeur : Marvel’s Blade. Dévoilé en grande pompe en décembre 2023, ce jeu d’action-aventure solo à la troisième personne prenant place dans un Paris mis en quarantaine mobilise l’intégralité des effectifs lyonnais depuis plusieurs années. L’objectif prioritaire d’un rachat consiste à sécuriser les fonds nécessaires pour boucler le développement du titre, dont le lancement est visé d’ici un à deux ans, et assurer sa commercialisation mondiale.

Un rapprochement entre Arkane Lyon et Ubisoft s’appuierait sur plusieurs points d’ancrage évidents. Outre leur implantation commune en France qui facilite grandement la reprise des contrats de travail locaux, les deux entreprises partagent une histoire commune : Ubisoft avait notamment édité Dark Messiah of Might and Magic d’Arkane en 2006. Surtout, l’éditeur d’Assassin’s Creed entretient déjà des liens étroits avec le groupe Disney à travers ses adaptations d’envergure comme Avatar: Frontiers of Pandora et Star Wars Outlaws, ce qui faciliterait le transfert des accords de licence avec Marvel Games. Le sort des propriétés intellectuelles historiques d’Arkane (Arx Fatalis, Dishonored et Deathloop) reste en revanche à trancher, même si Xbox a accepté de céder les droits de leurs licences aux studios récemment détachés de son giron.

Le paradoxe d’un rachat en pleine restructuration chez Ubisoft

Malgré la cohérence industrielle de ce dossier sur le papier, l’intérêt d’Ubisoft pour Arkane Lyon suscite autant d’espoir que d’interrogations. Le groupe dirigé par la famille Guillemot traverse lui-même une profonde cure d’austérité marquée par la réorganisation de ses franchises piliers avec l’appui de Tencent, l’annulation de plusieurs projets dont le remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, la fermeture du studio RedLynx en Finlande et des réductions d’effectifs dans ses antennes allemandes.

L’alternative d’une reprise en interne par les dirigeants d’Arkane comporte elle aussi sa part de risques dans un marché du financement devenu particulièrement frileux pour les productions AAA indépendantes. À titre de comparaison, Double Fine a dû procéder à ses propres suppressions de postes peu après avoir racheté sa liberté auprès de Microsoft, tandis que deux accords de reprise destinés à sauver le studio britannique Ninja Theory ont récemment échoué avant le début des licenciements.

Mon avis : un mariage de raison complexe mais vital pour le savoir-faire français

Assister à la mise aux enchères d’Arkane Lyon alors que le studio maîtrise comme personne l’art du level design et de la simulation immersive reste un crève-cœur absolu. Entre une fermeture sèche dictée par les tableaux financiers de Redmond et un saut dans le vide en indépendant alors que Marvel’s Blade réclame encore des dizaines de millions d’euros pour franchir la ligne d’arrivée, l’offre d’Ubisoft apparaît à mes yeux comme une bouée de sauvetage pragmatique.

Certes, la santé financière actuelle d’Ubisoft oblige à garder une vraie prudence sur la gestion à long terme d’un tel effectif. Mais récupérer d’un seul bloc 217 développeurs aguerris à Lyon, dotés de leur propre moteur Void Engine et d’une licence Marvel déjà bien avancée, représente une opportunité industrielle rare pour un coût d’acquisition probablement très décoté. D’ici le verdict du 13 décembre, il faut espérer que l’un de ces trois dossiers aboutisse pour que Blade voit le jour et que ce fleuron hexagonal ne connaisse pas le sort tragique d’Arkane Austin.

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Charles "Grimtag"
Rédigé par Charles "Grimtag"
Fondateur & Rédacteur en Chef

Consultant SEO depuis plus de 20 ans et entrepreneur digital, Charles « Grimtag » est le fondateur de Pro-Gamer.fr, Retrocharting.com et Gamescharting.com. Joueur compétitif, streamer et collectionneur de jeux rétro, il évolue dans l'industrie du jeu vidéo depuis plus de 15 ans, notamment comme consultant pour des plateformes leaders de comparaison de prix. Passionné par la donnée de performance en temps réel et la technologie gaming, il analyse l'esport compétitif, les benchmarks hardware et l'écosystème des créateurs sur Pro-Gamer.fr avec un regard de joueur authentique.

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