« Merci de m’avoir suivi jusqu’ici » : trois ans après sa nomination, Eiji Aonuma reçoit enfin les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres à Paris

L’attente aura duré près de trois ans, mais le symbole n’en est que plus fort. Le vendredi 23 octobre 2026 au matin, dans les salons dorés du ministère de la Culture rue de Valois à Paris, Eiji Aonuma a officiellement reçu la médaille et les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Alors que sa nomination avait été annoncée dès novembre 2023 par Rima Abdul-Malak en marge de la Paris Games Week, aucune date n’avait jusqu’alors permis de concrétiser la remise officielle. C’est désormais chose faite pour l’architecte historique de la saga The Legend of Zelda, honoré par la France en pleine année du quarantième anniversaire de la franchise.
« Un conteur qui laisse toujours de la place à l’imagination du joueur »
C’est la ministre de la Culture, Catherine Pégard, qui a remis en main propre la célèbre médaille verte et blanche au producteur japonais de 63 ans. Lors de son allocution, elle a salué en lui « un conteur qui laisse toujours de la place à l’imagination du joueur », tout en le remerciant d’avoir fait rêver des générations d’enfants et de passionnés à travers le monde. Créé en 1957, l’Ordre des Arts et des Lettres récompense les personnalités qui se sont distinguées par leurs créations artistiques ou littéraires et par le rayonnement qu’elles apportent à la culture en France et à l’international.
Avec cette investiture officielle qui requiert également l’avis du ministère des Affaires étrangères pour les récipiendaires étrangers, Eiji Aonuma devient le deuxième créateur de Nintendo à recevoir cette distinction de la République française. Il marche ainsi directement dans les pas de son mentor Shigeru Miyamoto, élevé au grade de Chevalier à Paris en mars 2006 aux côtés de Michel Ancel et Frédérick Raynal, à une époque où le jeu vidéo commençait tout juste à conquérir sa légitimité institutionnelle.
Entré chez Nintendo en 1988 après des études de design à l’Université des Arts de Tokyo, où il concevait des automates traditionnels en bois (karakuri), Eiji Aonuma a d’abord fait ses armes sur Marvelous : Another Treasure Island en 1996 sur Super Famicom. Recruté ensuite par Shigeru Miyamoto pour bâtir les donjons de The Legend of Zelda : Ocarina of Time sur Nintendo 64, dont le redoutable Temple de l’Eau, il a successivement dirigé Majora’s Mask, The Wind Waker et Twilight Princess, avant de piloter comme producteur la révolution en monde ouvert de Breath of the Wild et Tears of the Kingdom, puis Echoes of Wisdom. Une trajectoire monumentale que Nintendo célèbre d’ailleurs cette année à travers le concert symphonique Triforce Medley publié pour les 40 ans de la saga.

Un hommage aux développeurs de Nintendo et une déclaration en français pour son épouse
Fidèle à l’humilité qui caractérise les grands maîtres de Kyoto, Eiji Aonuma a immédiatement dédié cette reconnaissance aux équipes techniques et artistiques qui l’accompagnent au quotidien chez Nintendo : « Le fait que je me tienne ici aujourd’hui n’est pas dû à mes seuls efforts. C’est grâce à la passion, à la créativité et aux efforts continus d’innombrables collègues développeurs que je suis ici aujourd’hui. Je vois cette récompense comme un hommage à ces collègues. »
Mais c’est à la toute fin de son intervention que le producteur a provoqué la plus vive émotion dans l’assistance. Se tournant vers son épouse présente au premier rang dans la salle du ministère, Eiji Aonuma a prononcé ses derniers mots directement en français : « Merci de m’avoir suivi jusqu’ici, continuons l’aventure ensemble. »
Ce couronnement parisien intervient à un moment charnière pour le créateur japonais, alors que l’écosystème de la firme s’apprête à franchir un nouveau cap générationnel avec la réinvention très attendue d’Ocarina of Time sur Nintendo Switch 2, supervisée aux côtés du réalisateur Hidemaro Fujibayashi.
Mon avis
Ce qui me touche le plus dans cette cérémonie parisienne, au-delà du prestige républicain des dorures de la rue de Valois, c’est l’élégance désarmante du personnage. Pendant près de trente ans, Eiji Aonuma a porté sur ses épaules l’héritage le plus lourd du jeu vidéo japonais : succéder à Shigeru Miyamoto sans jamais trahir l’âme d’Hyrule, tout en ayant l’audace de tout déconstruire avec Breath of the Wild. Voir cet artisan discret profiter d’une tribune ministérielle pour mettre d’abord en lumière le travail collectif de ses développeurs, avant de glisser en français à son épouse cette promesse de « continuer l’aventure ensemble », résume exactement pourquoi ses jeux résonnent aussi fort en nous. Derrière les mécaniques d’orfèvre et les donjons millimétrés, il y a toujours eu une immense délicatesse humaine.
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