Pétition e-7898 à la Chambre des communes : le Parlement canadien sommé de financer le rachat de BioWare par Ottawa

La contestation autour du démantèlement du studio historique d’Edmonton vient de franchir les portes du Parlement fédéral à Ottawa. Ouverte ce mercredi 4 novembre 2026 à 9h44 (heure de l’Est) sur le portail officiel de la Chambre des communes, la pétition électronique e-7898 réclame l’intervention financière directe du gouvernement du Canada pour racheter BioWare et ses licences phares à Electronic Arts.
Initiée par le citoyen canadien Brendan Routh depuis Burnaby (Colombie-Britannique) et officiellement parrainée par le député fédéral Don Davies (élu de Vancouver Kingsway sous l’étiquette du Nouveau Parti démocratique), cette démarche parlementaire ne relève plus du simple sondage communautaire. En dépassant dès ses premières heures le seuil légal des 500 signatures certifiées de résidents canadiens (avec déjà plus de 1 210 signataires validés en Ontario, en Colombie-Britannique, en Alberta et au Québec), le texte oblige désormais juridiquement le gouvernement fédéral à déposer une réponse officielle devant les députés.
Trois revendications déposées à Ottawa : capitaux publics, rachat des licences et bouclier culturel
Dans son exposé des motifs soumis au Parlement, la pétition e-7898 qualifie BioWare de « l’une des exportations culturelles les plus importantes du Canada au XXIe siècle, avec des dizaines de millions de jeux vidéo vendus à travers le monde ». Les signataires estiment que la fermeture brutale du studio fondé en 1995 par Ray Muzyka, Greg Zeschuk et Augustine Yip constitue une perte majeure pour le patrimoine technologique et créatif du pays.
Le document parlementaire pointe directement la responsabilité de la maison mère américaine Electronic Arts, désormais passée sous le contrôle du Fonds d’investissement public d’Arabie saoudite (PIF) et du fonds Affinity Partners de Jared Kushner à l’issue d’un rachat à effet de levier qui a sacrifié BioWare et le cinquième opus de Mass Effect sous le poids de 18 milliards de dollars de dette. Face à cette situation, les pétitionnaires demandent officiellement au gouvernement du Canada d’agir sur trois fronts précis :
- Financer l’indépendance du studio et le rachat de son catalogue : fournir à BioWare les capitaux nécessaires pour racheter sa liberté ainsi que l’intégralité de ses propriétés intellectuelles (dont Mass Effect et Dragon Age) auprès d’Electronic Arts afin de relancer ses activités sous la forme d’une société canadienne indépendante ;
- Bâtir un bouclier contre les fonds étrangers : protéger durablement les entreprises et les institutions culturelles canadiennes contre les décisions dictées par des intérêts corporatifs américains et étrangers ;
- Préserver l’identité créative nationale : défendre les valeurs d’inclusivité, de tolérance, de démocratie et de droits civiques portées depuis trois décennies par les productions du studio d’Edmonton.

L’offensive du Nouveau Parti démocratique face aux fonds de capital-investissement
Cette initiative parlementaire s’inscrit dans le sillage des déclarations remarquées d’Avi Lewis, figure de proue du Nouveau Parti démocratique (NPD). Dès l’annonce de la suppression des 400 postes à Edmonton le 21 octobre dernier, le responsable politique avait dénoncé la logique prédatrice des fonds de capital-investissement qui rachètent des fleurons industriels par endettement avant de les dépecer pour dégager des liquidités à court terme.
Avi Lewis avait alors publiquement proposé que l’État fédéral accorde un soutien financier direct aux anciens développeurs licenciés afin qu’ils puissent racheter leur outil de travail et le gérer de manière indépendante. Ouverte aux signatures jusqu’au 4 mars 2027 à 9h44, la pétition e-7898 traduit désormais cette proposition politique en procédure parlementaire formelle à la Chambre des communes.

Le mur de la réalité : Electronic Arts n’a aucune intention de céder ses licences
Si l’obligation légale d’une réponse gouvernementale garantit que le dossier BioWare sera débattu à Ottawa, le sauvetage se heurte à un obstacle commercial et juridique majeur. Même dans l’hypothèse où le ministère du Patrimoine canadien ou la Banque de développement du Canada accepteraient de débloquer des fonds publics, aucun mécanisme légal ne permet d’exproprier un éditeur américain de ses marques déposées.
Or, Electronic Arts n’a manifesté aucune volonté de vendre le nom BioWare ni de se séparer de ses franchises lucratives. Bien que le développement du prochain épisode de la saga spatiale ait été arrêté en interne, le géant de Redwood City conserve jalousement ses droits d’exploitation, notamment pour la série télévisée Mass Effect toujours en préparation chez Amazon MGM Studios ainsi que pour de nouvelles vagues de produits dérivés attendues ce samedi 7 novembre à l’occasion du traditionnel N7 Day.
Cette mobilisation institutionnelle au Canada vient en tout cas renforcer une fronde mondiale qui ne faiblit pas. Alors que la pétition internationale en ligne frôle désormais les 300 000 signataires avec la location d’écrans géants à Times Square (New York), les joueurs ont déjà pris les devants sur le terrain technique : après les sept pierres tombales déposées devant Electronic Arts Vancouver et la résurrection du multijoueur par les moddeurs de ME3Tweaks, la communauté compte bien transformer ce N7 Day 2026 en démonstration de force sur Steam.
Mon avis
On ne va pas se raconter d’histoires : la probabilité qu’Electronic Arts accepte de revendre la poule aux œufs d’or Mass Effect au gouvernement canadien approche le zéro absolu. Les financiers qui viennent de coller 18 milliards de dollars de dette sur le dos de l’éditeur ont coupé les salaires des 400 développeurs d’Edmonton pour assainir leurs bilans comptables, mais ils garderont les clés du coffre-fort à double tour pour encaisser les chèques d’Amazon sur la série télévisée et vendre des vestes N7 tous les 7 novembre.
Pour autant, cette pétition parlementaire e-7898 touche là où ça fait mal. Pendant plus de vingt ans, le Canada et ses provinces ont arrosé les géants américains du jeu vidéo de centaines de millions de dollars en crédits d’impôt au nom de l’emploi local, sans jamais exiger la moindre garantie sur la propriété intellectuelle ou le maintien des studios. Forcer le cabinet fédéral d’Ottawa à répondre officiellement devant la Chambre des communes sur le pillage d’un fleuron national de trente ans par des fonds étrangers, c’est au minimum mettre les politiques face à leurs propres contradictions.
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