Une PS6 portable sans console de salon en face : pourquoi Shawn Layden juge impossible pour Sony de réussir les deux à la fois

Et si la meilleure carte à jouer pour Sony lors de la prochaine génération consistait à tout miser sur une machine nomade plutôt que de diviser ses forces ? Alors que les fuites autour d’une PlayStation 6 portable dotée d’une puce AMD en 3 nm capable de faire tourner le catalogue PS5 en local se multiplient depuis des mois, Shawn Layden vient de jeter un pavé dans la mare.
Invité du podcast The Trophy Room: A PlayStation Show, l’ancien président de SIE Worldwide Studios et ex-dirigeant de Sony Computer Entertainment Japan a livré un diagnostic sans détour sur la stratégie matérielle de son ancien employeur. Selon lui, tenter de commercialiser simultanément une console de salon traditionnelle et une machine portable dédiée relève tout simplement de la mission impossible.
« Il faut presque créer deux entreprises distinctes »
Grand amateur de jeu nomade, au point de voyager encore aujourd’hui avec sa PSP Go dans son sac pour enchaîner quelques trous sur Hot Shots Golf (Everybody’s Golf) entre deux avions, Shawn Layden accueille pourtant l’idée d’une future PlayStation hybride ou portable avec enthousiasme. Mais son expérience directe des ères de la PSP et de la PS Vita le pousse à tirer la sonnette d’alarme sur le piège du double lancement.
« Si Sony ne fait qu’une console portable pour la suite, alors je pense qu’ils ont de bonnes chances de l’emporter », affirme l’ancien patron des studios PlayStation. « Mais s’ils comptent lancer une portable et une console de salon en même temps, je ne pense pas qu’aucune entreprise ait la capacité de réussir pleinement sur les deux tableaux. »
En interne, la cohabitation de deux architectures distinctes provoque inévitablement un arbitrage permanent au détriment du format de poche. « Il était difficile de soutenir à la fois une console de salon et une portable au même moment, il faut presque créer deux entreprises distinctes », détaille-t-il. Même lorsque les deux machines se veulent complémentaires, la console de salon finit toujours par aspirer l’oxygène dans les salles de réunion marketing en Occident, faisant fondre les budgets alloués à la portable comme neige au soleil.
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L’anecdote surréaliste du Japon : +120 % sur la PSP, mais rappelé à l’ordre pour la PS3
Pour illustrer cette schizophrénie industrielle, Shawn Layden a partagé une anecdote savoureuse remontant à son mandat de président de PlayStation Japon, entre 2007 et 2010. À son arrivée à Tokyo, la branche nippone est dans le rouge depuis deux ans : affichée à 70 000 yens au lancement, la PlayStation 3 peine à trouver preneur et fait perdre de l’argent à Sony sur chaque unité vendue.
À l’inverse, la PSP connaît une véritable frénésie dans l’archipel grâce au phénomène Monster Hunter, qui rassemble des groupes de quatre adolescents dans les fast-foods pour chasser en Wi-Fi local. Layden fixe alors un mot d’ordre surnommé « Just One Black Penny » à ses équipes : revenir à l’équilibre financier plus un centime de bénéfice. Neuf mois plus tard, l’objectif est non seulement atteint, mais la division japonaise dégage 8 millions de dollars de profit grâce à la portable.
Fier de ce redressement express, le dirigeant se présente en réunion budgétaire devant le directeur financier (CFO) de Sony. La douche froide est immédiate : « Mais vous avez raté votre objectif matériel sur la PlayStation 3 », lui reproche le grand argentier du groupe. Lorsque Layden souligne qu’il a dépassé ses objectifs de ventes de PSP de 120 % et lui demande s’il préfère « du chiffre d’affaires ou du profit », le directeur financier lui répond simplement : « Oui. »
Réduire la taille et le coût plutôt que de courir après les téraflops
Ce tiraillement entre volume d’affaires et rentabilité résonne d’autant plus fort aujourd’hui que Sony assure que le développement de la PlayStation 6 avance dans les temps malgré la tension sur les stocks de mémoire vive. Pour Shawn Layden, qui avait déjà averti chez Kiwi Talkz que gérer deux machines revenait à « déshabiller Pierre pour habiller Paul », l’industrie se dirige vers une impasse tarifaire si elle persiste dans cette voie.
Face à l’inflation des composants et aux budgets de développement qui atteignent désormais 200 à 300 millions de dollars, l’ancien dirigeant conseille à Sony de faire ce qu’il n’a encore jamais osé : cesser la course à la surenchère matérielle. « Rendez la console plus compacte, rendez-la moins chère. Le silicium actuel est très bon, le système d’exploitation aussi : nous avons largement assez de puissance pour créer le genre de jeux auxquels nous voulons tous jouer. »
Mon carnet de veille
Le constat de Shawn Layden touche exactement là où ça fait mal, mais il oublie un détail technique majeur qui change la donne par rapport à l’époque de la PS3 et de la PS Vita. Dans les années 2000 et 2010, développer sur PSP ou PS Vita obligeait Sony à diviser ses studios en deux pour produire des jeux dédiés, incompatibles avec la console de salon. C’est ce cloisonnement logiciel qui a fini par étouffer la Vita dès que la PS4 a réclamé toutes les forces vives de PlayStation.
Si la future PlayStation portable se contente d’exécuter nativement le même catalogue PS5 et PS6 grâce à une architecture AMD unifiée, le piège des studios coupés en deux disparaît. En revanche, son avertissement sur le portefeuille des joueurs et le mur du marketing reste implacable : à l’heure où la moindre console menace de flirter avec les 700 ou 800 euros, demander au public de passer deux fois à la caisse relève du pari à très haut risque.
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