Gel des embauches pendant 19 mois et cash pooling : le syndicat STJV accuse Microsoft de saboter Blade chez Arkane

Marvels Blade Arkane

Alors que le compte à rebours légal avant le verdict du 13 décembre se poursuit pour les 217 salariés d’Arkane Lyon, les représentants du personnel haussent brutalement le ton. Dans un communiqué officiel publié ce 4 novembre par la section syndicale STJV d’Arkane Studios, les employés accusent frontalement Microsoft d’avoir fabriqué de toutes pièces les motifs économiques invoqués pour fermer le studio, au risque de saboter le développement de Marvel’s Blade qu’il a pourtant lui-même financé.

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Un gel des recrutements de 19 mois utilisé comme prétexte de fermeture

Contrairement aux discours alarmistes qui entourent parfois les productions au long cours, le Syndicat des Travailleureuses du Jeu Vidéo (STJV) assure que le chantier de Marvel’s Blade « avance de bon train » et que le niveau de qualité atteint fait pleinement honneur aux standards historiques du studio lyonnais. Pour les salariés, la menace de fermeture ne repose sur aucun échec créatif ni industriel, mais sur un « calcul froid et méthodique » dicté par la direction américaine.

Le syndicat révèle un élément central du dossier : Microsoft a imposé un gel total des embauches pendant 19 mois au sein du groupe, une décision qui a mécaniquement provoqué des retards de production et des coûts supplémentaires. Selon le STJV, la firme de Redmond retourne aujourd’hui ces mêmes retards et surcoûts qu’elle a artificiellement engendrés pour justifier la liquidation ou la cession du studio pour « motifs économiques ».

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Cash pooling, ventes effacées et paradoxe financier autour de Marvel’s Blade

L’argumentaire syndical démonte également la présentation comptable qui fait passer l’antenne française pour un simple « centre de coût ». Le STJV souligne que les précédents succès critiques et commerciaux d’Arkane (Dishonored, Dishonored 2, Prey et Deathloop), écoulés à plusieurs dizaines de millions d’exemplaires cumulés dans le monde, sont totalement absents des bilans comptables de l’entité locale.

Plus révélateur encore, la trésorerie d’Arkane se retrouve constamment asséchée parce que les liquidités sont systématiquement remontées vers la maison-mère via un mécanisme financier de cash pooling. Aux yeux des représentants des salariés, la démarche de Redmond défie toute logique industrielle puisque « fermer Arkane Studios et annuler Blade coûterait sans doute aujourd’hui plus cher que de le finir ».

« Dans la lignée des vagues de milliers de licenciements annuels, des fermetures de studios et maintenant des dizaines de milliers de départs volontaires proposés par le groupe, la décision de fermer Arkane n’est pour eux que l’application brutale d’une logique de recherche de maximisation des profits. Arkane est rentable. Juste pas assez rentable aux yeux de Microsoft. »

Ce constat fait directement écho à la cure d’austérité menée par le géant américain, qui a récemment ouvert un plan de départs volontaires ciblant 60 000 salariés chez Microsoft pour financer son virage vers l’IA, alors même que la multinationale a engrangé plus de 133 milliards de dollars de bénéfices nets au cours de l’année écoulée.

Droit de regard sur le repreneur et 200 000 € d’indemnités exigés en cas de fermeture

Si le droit du travail français a contraint Microsoft à accorder un mois de sursis supplémentaire jusqu’au 13 décembre 2026 et permis l’émergence de pistes sérieuses, à l’image des offres de rachat déposées par Ubisoft et deux autres éditeurs pour reprendre Arkane Lyon, les salariés refusent un sauvetage de façade qui ne garantirait pas la survie du studio après la sortie de Blade.

Blade Arkane Paris
Les 217 salariés d’Arkane Lyon souhaitent mener Marvel’s Blade jusqu’à sa sortie tout en exigeant des garanties solides sur leur reprise (Crédit : Arkane Lyon / Marvel Games).

Jugeant les propositions actuelles de Microsoft « indignes » face à la menace qui pèse sur les 217 employés en CDI ainsi que sur des dizaines de prestataires externes, freelances et personnels techniques (maintenance, sécurité, nettoyage), le STJV pose désormais deux séries d’exigences fermes sur la table des négociations :

  • Un contrôle réel des salariés sur le rachat : aller au-delà de la simple consultation consultative du CSE en accordant aux représentants du personnel et aux syndicats une voix décisionnelle dans le choix du repreneur, assortie d’un fonds de protection financé par Microsoft (équivalent aux garanties du PSE) si le nouvel acquéreur prononce des licenciements économiques dans les 24 mois suivant la reprise.
  • Un plan social à la hauteur des 133 milliards de bénéfices de Microsoft en cas de fermeture : le versement d’une indemnité de licenciement de 200 000 € par salarié, deux ans de congé de reclassement intégralement financés par le groupe, une mutualisation des budgets de formation et de création d’entreprise avec prime de reliquat, ainsi qu’une indemnisation équivalente pour les travailleurs indépendants dont le contrat serait brutalement rompu.

Mon avis

La mécanique décrite par les salariés d’Arkane est un cas d’école du cynisme financier moderne. Tu bloques les embauches d’un studio pendant dix-neuf mois en pleine production d’un AAA sous licence Marvel, tu pompes sa trésorerie par cash pooling tout en effaçant les millions de ventes de Dishonored et Deathloop de ses comptes locaux, puis tu viens pleurer devant les représentants du personnel en expliquant que le projet prend du retard et coûte trop cher.

Quand un groupe assis sur 133 milliards de dollars de bénéfices nets préfère payer plus cher pour rayer de la carte un studio invaincu en 25 ans plutôt que de le laisser sortir Blade, ce n’est plus de la gestion d’éditeur, c’est du dépeçage comptable. Réclamer 200 000 € par tête et un fonds de garantie sur deux ans en cas de revente n’a rien d’une folie syndicale : c’est le seul langage que comprennent les tableurs de Redmond pour les dissuader de transformer un rachat en liquidation déguisée.

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Charles "Grimtag"
Rédigé par Charles "Grimtag"
Fondateur & Rédacteur en Chef

Consultant SEO depuis plus de 20 ans et entrepreneur digital, Charles « Grimtag » est le fondateur de Pro-Gamer.fr, Retrocharting.com et Gamescharting.com. Joueur compétitif, streamer et collectionneur de jeux rétro, il évolue dans l'industrie du jeu vidéo depuis plus de 15 ans, notamment comme consultant pour des plateformes leaders de comparaison de prix. Passionné par la donnée de performance en temps réel et la technologie gaming, il analyse l'esport compétitif, les benchmarks hardware et l'écosystème des créateurs sur Pro-Gamer.fr avec un regard de joueur authentique.

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