Potager peint à la main le jour, couvre-feu à 23h00 la nuit : Village in the Shade mêle ferme cosy et horreur façon Yomawari sur Switch 2

Arroser ses radis sous les cerisiers en fleurs avant de barricader ses volets pour échapper aux esprits de la montagne : voilà la promesse délicieusement tordue de Village in the Shade. Développé par Nippon Ichi Software (connu au Japon sous le nom de Honogurashi no Niwa) et édité en Occident par NIS America, ce jeu hybride débarque sur Nintendo Switch 2, Nintendo Switch, PlayStation 5 et PC via Steam au prix de 49,99 €, accompagné d’une bande-annonce de lancement qui plante immédiatement le décor.
Derrière ses contours pastel peints à la main comme un livre de contes, le titre cache la patte de Yu Mizokami, la réalisatrice de la célèbre série d’horreur nocturne Yomawari. Le joueur y incarne un jeune voyageur amnésique qui échoue dans le hameau reculé de Kagatsu, au cœur des montagnes japonaises. Accueilli par Rin, la cheffe du village, il reçoit une vieille bâtisse à retaper et un lopin de terre en friche, mais surtout une injonction formelle : obéir sans discuter aux coutumes locales.
Huit règles d’or et un couvre-feu strict à 23h00 dans le village de Kagatsu
Tant que le soleil brille sur Kagatsu, l’aventure épouse tous les codes rassurants de la simulation de vie rurale. On défriche son jardin, on sème des cultures de saison, on élève du bétail, on pêche au bord du ruisseau et l’on récolte du bois ou du minerai pour fabriquer des clôtures et meubler son intérieur. Le calendrier suit le rythme des festivités traditionnelles de l’archipel, entre contemplation des fleurs de cerisier au printemps et feux d’artifice du festival d’été aux côtés des voisins.
Mais cette quiétude champêtre repose sur un contrat de huit règles imposées dès le premier jour : ne jamais sortir après 23h00, coopérer pour le bien de la communauté, ne pas aborder les inconnus, taire les secrets d’autrui, ne jamais franchir les limites du village, ignorer les voix qui appellent depuis la montagne, ne pas chercher ce qui a été perdu et se souvenir que tout souhait exige une compensation équivalente. Là où la simulation agricole horrifique Grave Seasons mise sur un tueur en série dissimulé parmi les habitants, l’équipe de Nippon Ichi Software puise directement dans le folklore des yōkai et l’angoisse psychologique.

Exploration à la lampe torche la nuit ou détente garantie avec le mode Village in the Sunshine
Pour percer la vérité sur Kagatsu et retrouver la mémoire, il faut pourtant oser enfreindre le couvre-feu de 23h00. Dès la nuit tombée, la caméra isométrique et le design sonore rappellent instantanément la tension de Yomawari : muni d’une simple lampe torche, le joueur doit se faufiler dans les ruelles sombres, guetter le moindre indice sonore pour contourner les apparitions spectrales et collecter des Magatama à déposer devant les sanctuaires. Certaines entités peuvent même vous prendre en chasse jusqu’à votre ferme et tambouriner aux portes ou scruter par les fenêtres pour briser vos défenses.
Conscient que le mélange des genres peut intimider les amateurs de gestion pure, le studio japonais a eu l’excellente idée d’intégrer un mode alternatif baptisé Village in the Sunshine. En activant cette option, il devient impossible de briser les règles du village et toutes les menaces nocturnes sont désactivées, transformant l’aventure en une simulation agricole cent pour cent apaisante. À l’inverse, ceux qui cherchent d’autres huis clos angoissants aux consignes strictes sur la console hybride de Nintendo peuvent déjà lorgner du côté de la sortie prochaine de A Pet Shop After Dark sur Switch 2.
Mon regard
Je trouve le pari de Yu Mizokami franchement brillant : dans n’importe quel jeu de ferme classique, on prend vite l’habitude de presser son personnage jusqu’à deux heures du matin pour arroser la dernière rangée de navets sans jamais craindre autre chose qu’une jauge d’endurance un peu basse. Ici, cette routine mécanique devient un vrai piège psychologique où le moindre retard après 23h00 sur l’écran de la Switch 2 vous fait regretter de ne pas être rentré plus tôt. Et le fait d’avoir pensé au mode Village in the Sunshine prouve que Nippon Ichi Software ne sacrifie pas la richesse de sa direction artistique aquarelle au seul profit des frissons : qu’on vienne pour le potager ou pour les cauchemars de Yomawari, chacun y trouve son compte.
Village in the Shade
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