« Le travail continue d’affluer » : à 56 ans, Masahiro Sakurai évoque sa fatigue visuelle et ses deux conditions avant de prendre sa retraite

Invité sur scène ce samedi 7 novembre 2026 lors du festival célébrant les 40 ans du magazine japonais Famitsu, Masahiro Sakurai a livré un bilan sans fard sur son rythme de travail et l’éventualité de sa retraite.
À 56 ans, le papa de Kirby et de Super Smash Bros. assure que les commandes de nouveaux projets continuent d’affluer vers sa structure indépendante Sora Ltd., tout en admettant que son corps commence à lui rappeler ses limites.
« Très malheureusement, je suis encore capable de travailler d’arrache-pied »
Cette prise de parole intervenait à l’occasion du lancement, le 6 novembre au Japon, de Masahiro Sakurai’s Thoughts on Games : Final. Ce dixième et ultime volume rassemble les 69 dernières chroniques qu’il a rédigées entre mars 2019 et novembre 2021, complétées par quatre textes inédits écrits en 2026.
Interrogé sur l’évolution de son état d’esprit cinq ans après sa fameuse tribune consacrée au départ à la retraite, le créateur japonais explique que sa boussole personnelle n’a pas bougé d’un pouce. Sa décision de raccrocher dépendra toujours de deux critères stricts : existe-t-il encore une demande pour son travail, et est-il toujours capable d’y répondre à la hauteur des attentes ?
« Dès que l’une de ces deux conditions s’effondrera, je considérerai que le moment de prendre ma retraite sera venu. Mais dans ma situation actuelle, très malheureusement, je suis encore capable de travailler d’arrache-pied. »
Le directeur de Sora Ltd. précise au passage qu’il veille constamment à écouter les retours de ses équipes et à remettre ses propres idées en question. Une souplesse indispensable à ses yeux pour ne jamais devenir l’un de ces vétérans rigides qui imposent leurs vieilles recettes à tout un studio.

Fatigue oculaire marquée et refus de répéter le même cycle jusqu’à la rupture
Derrière ce trait d’humour, Masahiro Sakurai ne cache pas pour autant les signes bien réels du temps qui passe. Après plus de trente-cinq ans passés à scruter des écrans de débogage image par image, il confie ressentir un déclin physique dans plusieurs parties du corps, à commencer par une fatigue oculaire devenue particulièrement prononcée.
Puisque les sollicitations professionnelles ne faiblissent pas, il résume son dilemme actuel avec une lucidité désarmante : la seule véritable inconnue est de savoir quand son esprit finira par céder sous la charge. Pas question toutefois d’attendre le point de rupture sans réagir.
- Les deux piliers du maintien en activité : la présence d’une demande concrète de l’industrie et la capacité physique comme créative d’honorer chaque commande.
- Le signal d’alarme corporel : une usure visuelle rapide qui complique les longues journées de supervision directe.
- La philosophie des étapes de vie : refuser de reproduire mécaniquement les mêmes marathons de production et chercher de nouvelles façons d’aider le secteur.
Pour le concepteur japonais, un créateur doit savoir changer d’étape au cours de son existence. C’est précisément cette logique qui l’avait poussé à investir 90 millions de yens de ses fonds propres pour produire sa chaîne éducative Masahiro Sakurai on Creating Games, clôturée en octobre 2024 sans le moindre objectif financier, uniquement pour transmettre son savoir-faire aux jeunes développeurs.
Les coulisses de Kirby Air Riders et le poids des productions modernes
Ce nouveau recueil lève également le voile sur un pan entier de son travail récent en publiant des extraits du document de conception original de 200 pages de Kirby Air Riders, rédigé dès juillet 2021 avant sa sortie sur Nintendo Switch 2 en novembre 2025, ainsi que les documents préparatoires du mode histoire Road Trip. Un titre que Nintendo continue d’ailleurs de suivre de près sur la nouvelle console hybride, malgré l’annulation récente de l’événement d’Halloween de Kirby Air Riders suite à un bug de gel d’écran.
Également questionné durant la conférence sur la place des nouveaux outils technologiques, Sakurai a confirmé n’avoir utilisé aucune intelligence artificielle générative sur Kirby Air Riders, pas même pour du simple brainstorming. Alors qu’il alertait déjà le mois dernier sur le risque d’une saturation de jeux générés par IA sans originalité, il rappelle que ces technologies ne doivent jamais reposer sur le pillage du travail d’autrui, tout en reconnaissant que l’ampleur démesurée des développements actuels oblige l’industrie à réfléchir à sa survie économique.

Mon regard
Quand on connaît le passif de Masahiro Sakurai, qui dirigeait autrefois l’équilibrage de Super Smash Bros. avec une perfusion dans le bras pour ne pas perdre une journée de boulot, l’entendre plaisanter sur le fait qu’il est « malheureusement » toujours capable de charbonner me fait à la fois sourire et un peu grimacer. On a toutes et tous grandi avec ses menus millimétrés au pixel près et cette générosité folle qu’il met dans chaque cartouche, mais à 56 ans, avouer que ses yeux fatiguent vite tout en se demandant quand son moral finira par lâcher, ce n’est pas anodin.
Ce que je retiens surtout, c’est sa lucidité sur le besoin de changer d’étape plutôt que de s’entêter à refaire le même marathon jusqu’au burn-out. Qu’il choisisse demain de lever le pied sur la réalisation pure pour accompagner la relève ou signer des projets plus resserrés chez Sora Ltd., il a déjà mille fois gagné le droit de ménager sa vue.
En attendant de découvrir quelle forme prendra ce prochain chapitre, les commandes continuent de s’empiler sur le bureau de Sora Ltd. et le créateur japonais n’a manifestement pas encore prévu de poser la manette.
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